Pourquoi toutes les prisons sont-elles pourvues de grosses portes-grilles en ferraille qui font des bruits tonitruants ?
Eh bien la réponse est toute simple : cela a été réfléchi et fait par mesure de sécurité. D’abord ce qu’on trouve et ce qui offre depuis le 19eme siècle comme matériaux solide, c’est la ferraille, le fer, et comme la plupart des prisons sont vieilles, vous trouverez de la ferraille partout. Et comme la ferraille est robuste, vous en trouvez encore aujourd’hui dans le blindage des portes des appartements, maisons ou entreprises. Il en est encore de même en prison. Le fer est donc incontournable. Même le Titanic ou des sous-marins ont été fabriqués en partie avec des matériaux métalliques.
En prison, dans toutes les prisons anciennes, donc 90% vous trouverez à l’intérieur des portes-grilles que les surveillants déverrouillent d’un PC (Poste de Commande) ou PIC (Poste d’Information et de Contrôle) où se trouvent tous les voyants des boutons qui contrôlent l’ouverture de toutes les portes de la prison en entière ou de celles d’un secteur particulier. Généralement il y a un PIC ou PC pour chaque bâtiment d’une prison même si ce bâtiment renferme les QI (Quartier d’Isolement), QD (Quartier Disciplinaire), QA (Quartier d’Arrivants) ou d’un SMPR (Service Médico-Psychologique Régional). Dans ces postes de commande et de contrôle on trouve donc les moniteurs (écran) de toutes les caméras qui surveillent le bâtiment ou un secteur de la prison voire de toute la prison : intérieur des bâtiments, allées de circulation (couloirs, escaliers…), extérieur (promenade, espace entre les murs d’enceinte : espace de circulation des surveillants et de certains détenus affectés au ramassage des détritus et du vidage des poubelles…). Les surveillants contrôlent donc dans un premier temps tous les espaces via ces caméras, dont les images sont reportées sur les moniteurs, et ensuite ils verrouillent ou déverrouillent les portes blindées (d’un seul bloc compact) ou les portes-grilles en appuyant sur le bouton lumineux concerné qui commandera la gâche électrique de la porte-grille visée.
Alors pourquoi y a-t-il des portes-grilles partout sans que vous puissiez faire 30 mètres sans en rencontrer une (voire 20 mètres en Maison Centrale) ? Eh bien, c’est fait pour diviser chaque espace d’une prison en enclave en cas d’évasion ou d’agression : on arrête immédiatement la progression de l’agresseur en le contraignant à rester isolé dernière ces portes-grilles. C’est pour ça qu’il peut y avoir prise d’otage pour justement faire pression sur ces surveillants au PIC ou au PC pour qu’ils déverrouillent les porte-grilles sous peine de nuire physiquement à son otage à coup de charcutage. En Maison Centrale, à Clairvaux où j’ai passé 9 ans, à chacun de mes déplacements j’étais arrêté par des portes-grilles. Exemple, j’étais au troisième étage et j’allais en doublette avec un codétenu du RDC du même bâtiment, je ne sortais donc pas dehors, et pourtant je devais franchir 1, 2, 3, 4, 5 portes-grilles à l’aller, et au retour quand je retournais dans ma cellule après la fin des doublettes. Pour aller en activité, à l’infirmerie, en promenade, à la bibliothèque…etc, pareil : il y avait un certain nombre de grilles à franchir.
Pour aller en doublette chez mon codétenu, j’appuyais sur mon voyant pour informer un surveillant que je voulais sortir de cellule (un petit voyant vert clignotait juste au-dessus de ma porte côté cursive : couloir) j’attendais donc quelques minutes, ensuite je sortais, je tournais à droite pour franchir toute ma coursive avant d’être arrêté par la première porte-grille. J’appuyais sur le petit bouton noir pour signaler au surveillant du PIC (qui se trouvait au RDC) que je voulais passer. Je passe donc avant d’être de nouveau arrêté 5 mètres plus loin par une autre porte-grille munie aussi d’un petit bouton noir, quelques secondes après je passe et je sors de ce petit carrefour qui réunissait les deux ailes (nord et sud) de mon étage et je me retrouvais dans les escaliers. Je descendais donc les marches pour être arrêté juste en bas des marches par une nouvelle porte-grille, j’appuis sur le petit bouton poussoir noir et la porte se déverrouille toujours grâce au surveillant, j’arrive donc dans un autre sas-carrefour intermédiaire où sur la droite il y avait une porte-grille qui donnait sur une autre porte blindée de la promenade du bâtiment B, à gauche c’était la porte-grille qui désservait le couloir avec le pic vitré, et si je prenais la porte-grille à gauche de la gauche, je descendais aux ateliers, je prenais donc la porte-grille à gauche pour sortir de ce deuxième carrefour-sas-à-grilles. Ensuite, en fonction du surveillant ou surveillante du pic, je passais à gauche tout en leur faisant un coucou ou un sourire avant de retomber sur une porte-grille, la dernière ouf !!! Je précise qu’à chaque étage, un comptoir-bureau comme un petit bar mais sans les chaises était occupé par deux surveillants ou un surveillant avec une surveillante ; ce sont donc eux qui nous ouvraient les portes de cellule (la nôtre pour sortir ou la réintégrer) ou celle de nos codétenus. Donc la dernière étape était d’attendre qu’ils viennent ouvrir la porte de cellule de mon codétenu afin que je puisse passer cette doublette avec lui.
Remarque 1 : Le terme doublette, c’est pour dire qu’on est à deux dans une cellule pour parler, pour commenter des images que l’on voit à la télévision, jouer au jeux vidéo, et baiser pour certains. Autrement dit, si on avait eu le droit d’être à trois dans une cellule, cela se serait appelé une triplette. Interdit en Maison Centrale pour éviter les phénomènes de regroupement ou de préparation de toute hostilité envers les membres de l’administration pénitentiaire. Ce qui pourrait être à première vue totalement contradictoire : car les détenus sont bien regroupés dans les promenades, dans les salles de sport, dans la bibliothèque limité à 5, au moment du culte pour que les musulmans puissent exercer leur religion, dans les salles d’activités… En fait, la vérité, c’est pour faciliter le travail des surveillants : plus facile de réintégrer une personne après la fin des doublettes que deux, trois, quatre, voire plus, il y aurait eu trop de monde en même temps sur les cursives, favorisant donc une vulnérabilité en nombre de détenus libres de leurs membres (sans menottes) sur les surveillants, deux à chaque étage x 3 (car 3 étages) = 6 surveillants à la merci d’une cinquantaine de détenus, voilà la logique sous-jacente à cette contradiction de façade de n’autoriser que deux détenus par cellule !!!
Le nombre par lequel les détenus pouvaient se déplacer les détenus était de cinq, donc cinq détenus restaient en attente derrière les portes-grilles avant d’être arrêtés de nouveau un peu plus loin par une autre et ainsi de suite jusqu’ à leur cellule, les cours de promenade, le terrain de sport…etc avant qu’un autre paquet de cinq détenus se déplacent à leur tour. Si on avait pu être à plusieurs dans une cellule, ce quota de cinq aurait été difficile à respecter : car plus de monde à rentrer en même temps, plus de tours de clé à faire, plus de stress et de travail pour les surveillants tout en les rendant plus vulnérables.
Les portes-grilles sont là pour enclaver, filtrer les déplacements, contenir dans une zone afin de contenir les métastases-méchants-détenus dans leur secteur de révolte ou d’agression.
Remarque 2 : Maintenant pourquoi y a-t-il des portes-grilles et non des portes blindées partout ? Eh bien, si on analyse la chose, il en ressort ceci : je pense que mettre des portes-blindées partout, ça doit coûter plus cher de mettre du plein partout ; des blocs de porte que des portes-grilles ajourées, évidées si je puis dire. Oui, des portes-grilles, c’est moins lourd, et moins cher. De plus, avoir de l’espace entre les grilles permet à l’air et au son de se diffuser partout, sans avoir des secteurs puant le renfermé à cause d’un air vicié-pollué. Et en cas d’alerte, le cris d’alerte d’un surveillant via sa voix ou son sifflet ou le cri de détresse-secours d’un détenu pourra sortir de son secteur en se diffusant dans les autres secteurs ; alors qu’avec des portes blindées, tout serait plus confiné, étouffé et donc insonorisé : air et son resteraient confinés dans un seul secteur-spatial. Voilà pourquoi je pense (en plus du facteur économique) que les architectes ont choisi les grilles aux portes dans la lancée des barreaux aux fenêtres : la logique a dû provenir d’ici ; autrement dit :
« barreaux aux fenêtres, barreaux partout ».
Si je devais conseiller une seule chose aux futurs architectes : ce serait de concevoir des portes-grilles avec des systèmes d’amortisseurs par exemple « avec butée en caoutchouc » afin que ces portes-grilles arrêtent de claquer aux oreilles des détenus mais aussi de celles des surveillants. Cela serait un stress en moins pour tout le monde qui ne fera que du bien pour l’ambiance générale. Je détaille cela dans la rubrique « Sommeil en prison ».