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La télé du chef !
Desplanches David. Né le 3 juin 1975. Premier jet terminé à l’âge de : 38 ans. « La Télé du chef ! » et publié sur Amazon le 23 novembre 2021 à l’âge de 46 ans.
La Télé du chef !
Première partie : page de 5 à 58
Deuxième partie : page de 59 à 157
Nombre de pages total : 161
Nombre de lignes : 3656
Nombre de mots : 22742
Paragraphes : 713
Photos : 1
Principaux personnages :
Fabrice l’employé-voleur, Fabien son patron, le chef du bâtiment des arrivants, Lukas son voisin de cellule…

Quatrième de couverture
Un jeune employé d’un grand magasin de vente de télévisions s’est fait prendre en train de piocher-piquer dans la caisse. Immédiatement incarcéré suite à la plainte de son patron, qui en avait plus qu’assez des pertes d’argent accumulées chaque semaine, chaque mois, la descente en enfer commence pour lui.
L’employé, inculpé et maintenant détenu, arrive complètement déprimé à la Maison d’Arrêt de « Loos ».
Comment va-t-il s’en sortir ? Se laissera-t-il aller au pire ? Trouvera-t-il du soutien auprès de ses codétenus pour traverser cette nouvelle vie de reclus entre les murs de cette prison ? Son esprit alternera comme un yoyo entre espoir et désespoir. Mais à cet instant, alors que la porte de sa cellule se referme derrière lui, son moral est au plus bas.
Copyright © 2020 Desplanches David Tous droits réservés. ISBN : 9798773159759
Première partie
L’inculpé devenant détenu venait d’arriver dans une prison qui était une Maison d’Arrêt se nommant « Loos ». Elle était à côté d’une autre prison plus sécuritaire que l’on appelait « Maison Centrale de Sequedin » ; et elles étaient toutes les deux séparées par l’autoroute A25 qui délimitait ces deux villes contiguës de Loos et de Sequedin dans le département Nord-Pas-de-Calais. Il venait de se faire prendre en train de piocher dans la caisse d’un grand magasin de vente de télévisions. Et il aurait détourné des milliers d’euros à chaque encaissement d’un de ces postes haut de gamme extra-plats à cristaux liquides ou à Leds. Il s’était fait prendre en flagrant délit par les caméras de surveillance que son patron Fabien avait subrepticement fait installer pendant que son personnel était parti en vacances. Car il voulait que personne ne sache justement où étaient implantées ces petites vitres espionnes.
Cette décision était due au ras-le-bol, à en devenir fou, des pertes d’argent qu’il
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accumulait chaque semaine, chaque mois… ! Car depuis qu’un employé se nommant Fabrice avait intégré son magasin seize mois en arrière, il y avait eu quatre mois après, un pic de chute de bénéfice, autrement dit, les postes étaient bien vendus, mais il n’y avait pas l’argent dans les caisses qui aurait dû s’y trouver. Mais comme ces pertes ne s’étaient pas produites le jour même où Fabrice avait pris son poste comme caissier, il ne pouvait donc pas l’accuser d’une manière certaine. Oui, quatre mois seulement après son embauche, la perte était devenue criante ! D’où son désir d’installer des caméras partout afin de surveiller à leur insu tous ses employés et de mettre le « grapin-lentille » sur le voleur : oui, mettre le grappin dessus avec la lentille de la caméra si vous préférez…
Le détenu en question fraîchement incarcéré dans la Maison d’Arrêt de Loos, le temps qu’il se fasse juger, comme vous l’avez compris, c’est bien Fabrice. Et il avait vraiment déconné, car il était déjà depuis un an et demi en conditionnelle. Alors non seulement à
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cause de son nouveau délit, il avait cette conditionnelle de révoquée, mais en plus, il allait reprendre une autre affaire pour détournement d’argent en récidive. Fabrice le savait qu’il était parti cette fois-ci pour cinq ans minimum, car il avait en plus deux ans avec sursis au-dessus des épaules qui tombaient. Il était donc mal barré, récidive, deux ans de sursis qui allaient tomber, et les mois à faire qui lui restaient pendant qu’il effectuait cette conditionnelle pour terminer cette deuxième peine. Il avait imploré son patron Fabien de ne rien dire en échange du remboursement de tout l’argent. Mais Fabien, en ayant plus que marre, ayant même failli perdre sa femme à cause de lui, car ces pertes ont été le sujet de nombreuses conversations houleuses à la maison entre lui et elle… ! Ses deux enfants, Charles et Péguy, avaient aussi souvent fait les frais des colères de leur papa qui revenait à la maison dans tous ses états après avoir fait les comptes de son magasin hi-fi. Et en voyant qu’il manquait souvent entre 5000 et 15 000 euros dans le mois, il revenait à la maison furax sans parfois contrôler ses
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énervements vis-à-vis même de ses propres enfants et de son grand amour. Surtout que le déficit avait été évalué à non loin de 150 000 euros pour l’année, plus 20 000 euros pour l’installation des caméras, ce qui faisait une somme totale de 170 000 euros de perte ; même si l’achat des caméras était un investissement à long terme en contrant d’éventuels problèmes similaires avec d’autres futurs amateurs-voleurs ou voleurs-amateurs.
Alors quand Fabrice l’avait imploré, complètement perdu, il était resté insensible face à la détresse sincère ou simulée de ce petit voleur qui était somme toute, beau gosse, d’où la chance de s’être fait embaucher dans son magasin malgré l’absence de diplôme. Mais le contrat indéterminé qu’il avait obtenu, c’était aussi dû à la sensibilité que Fabien avait éprouvée pour lui afin de l’aider, après sa première incarcération, à assurer sa réinsertion dans les meilleures conditions possibles ; mais voilà le résultat… ! Aucune reconnaissance avait eue ce détenu sans cœur,
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mais intéressé uniquement par le pognon et les filles ! Eh bien là, les filles, il ne les verrait plus avant très longtemps, sauf par l’intermédiaire des vitres d’une télévision ou d’un parloir de prison sous l’œil aiguisé des matons ou de détenus voyeurs à la con… !
Ce qu’avait perdu Fabien tant dans son couple que dans sa vie professionnelle, était trop conséquent pour qu’il puisse taire sur le moment ce qu’avait fait Fabrice ; c’était impossible ! Bah oui, il avait failli rompre avec sa femme, et en plus, ses enfants s’étaient récemment fâchés contre lui… et tout cela, à cause de ce voleur opportuniste qui avait en plus demandé sa clémence ! Alors, il avait appelé la police après avoir compris la manœuvre du voleur Fabrice pris en flagrant délit en mettant sa main dans la caisse. Et il avait bien fait Fabien d’avoir posé des caméras, car, il avait peut-être déboursé de l’argent, mais celui-ci serait vite remboursé par le fonds de garantie de l’État. Car il passerait au tribunal en se constituant partie civile et il pourrait dans ce cas obtenir des
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dommages et intérêts qui le rembourseraient largement entre l’argent investi pour le flicage et les déficits causés par ce voleur sans reconnaissance. En effet, la prison l’avait négativement formaté pour devenir visiblement encore et encore truand malgré les aides humaines que certains lui tendaient, lui dispensaient d’une manière totalement désintéressée comme Fabien avait eu pour lui à sa deuxième sortie de prison afin qu’il se réinsère…
Mais là, seul dans sa cellule d’arrivant, sans télévision, il se morfondait sur la liberté qu’il venait de perdre ! Une nouvelle vie loin des clients acheteurs commençait, il avait 22 ans, et il foutait en l’air sa jeunesse… ! Mais il ne le réalisait pas encore, car pour lui, 22 ans, c’était déjà vieux, c’est plus tard qu’il en prendrait conscience en revenant en arrière sur ses jeunes années perdues dans les hurlements et les silences pesants d’entre les murs…
Il avait passé le sas de la prison avec les menottes, il revenait du Tribunal de Grande
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Instance (TGI) de Lille, et le juge avait automatiquement décidé de l’incarcérer. Car vu son casier judiciaire, ce magistrat chargé d’appliquer les lois était révulsé devant les nombreuses condamnations qu’il avait prises depuis. Et comme il avait vu qu’il avait en plus deux ans de sursis, la question de l’incarcération ne se posait même plus, surtout qu’il était (pour rajouter des circonstances aggravantes) en conditionnelle… Il n’avait donc aucune chance que ce juge le fasse sortir en provisoire jusqu’à son procès, oui impossible, enfin pour le moment… car l’avenir aussi à ses voix impénétrables… !
Il n’était donc pas resté longtemps au dépôt, à peine 1h30, il avait plus patienté dans des attentes interminables dans une cellule poisseuse et sale remplie de graffitis, le temps que le juge se libère des autres galopins sur le sort desquels il devait aussi statuer avant sa propre destinée à lui.
Ensuite, Fabrice avait fait le chemin en fourgon jusqu’à la Maison d’Arrêt de Loos. Et
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arrivé au sas, il avait été déshabillé, fouillé, et il a laissé ses empruntes digitales numériques sur un appareil électronique de reconnaissance avant de signer une feuille.
Les gendarmes sont partis en confiant à l’administration pénitentiaire cet énergumène qui avait reçu son numéro d’écrou qui le suivra partout où il ira entre les murs de cette prison… Autrement dit, c’était comme sa carte-numéro-identité : s’il allait à l’infirmerie, aux activités scolaires, au sport, il devrait avoir sur lui tout le temps ce petit « passeport » plastifié sur lequel figurait justement ce numéro identitaire. Son numéro d’écrou s’ajoutait sur un cahier à côté de plein d’autres appartenant à d’autres détenus qui y étaient déjà répertorié avant Fabrice.
Après, il avait reçu un petit paquetage de dépannage : une serviette, un gant, une brosse à dents, un peigne, du dentifrice, une couverture, des draps… Et avec tout ce barda de piètre qualité, il avait intégré sa cellule d’arrivant. Oui, produits miteux, car la brosse
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à dents avait quelques poils qui se battaient en duel, le peigne était tout dur, le dentifrice, on aurait dit une vulgaire pâte-plâtre blanche, les rasoirs ne coupaient absolument rien, il fallait trois paquets rien que pour raser le cou ; et encore, on se faisant plus de coupures partout en s’arrachant la peau que couper proprement les poils !
Il déprimait terriblement, et regrettait d’avoir volé son patron qui avait été pourtant adorable avec lui, oui, entre ces quatre murs, il avait pu prendre la réelle portée de son geste en mettant inconsciemment en relief tout ce qu’il avait perdu : la liberté, son travail, sa famille, et heureusement qu’il n’avait pas de femme ni d’enfants. Mais ce qu’il perdait en plus de sa famille, qui d’ailleurs était déjà suffisant pour péter un plomb et vouloir en finir avec la vie, c’était aussi la liberté. Car Fabrice était une personne faible d’esprit, il était devenu voleur faute d’avoir été à l’école, faute d’avoir eu une famille unie et aimante, alors, il avait été transbahuté de foyer de la DDASS en foyer de la DDASS (Direction Départementale des
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Affaires Sanitaire et Sociales) ; schéma classique à de nombreux autres détenus qui sont maintenant pour lui ses colocataires partageant les mêmes toits du pénitencier.
Là, il était allongé sur son lit en demi-pleurs, il refaisait le récapitulatif approximatif de tout l’argent qu’il avait détourné à son philanthrope-patron. Et la somme s’élevait facilement à 120 000 euros, car en vrai, d’autres employés se servaient aussi dans les caisses avant les poses des caméras, mais pas avec la même ampleur que Fabrice qui y avait été très très fort !
Il était sur son lit, sans télévision, l’administration pénitentiaire lui en avait pourtant proposé une, mais il n’avait pas accepté. Il aurait pu en profiter, car la télévision était gratuite pour tous les arrivants avec ou sans le sous. Mais pour le moment, il avait trop besoin de faire le tri dans sa tête dans un silence total, du moins presque, car il y avait déjà beaucoup de bruit entre celui
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résonnant qui provenait des couloirs et celui des promenades où beaucoup braillaient. Oui, sa fenêtre de cellule donnait en plein sur ces deux cours (séparées uniquement par des hautes grilles vertes), et là où les détenus sortaient presque 90 minutes pour se dégourdir les jambes après de nombreuses heures restés (pour certains) oisifs en cellule, quand d’autres savaient s’occuper en lisant, en écrivant à leur famille, en faisant des pompes, en jouant aux jeux vidéo, en regardant la télévision ou en discutant avec leur codétenu quand ils étaient à deux dans la même cellule…
Mais pas Fabrice ; lui, il était triste et en pleine introspection de regret en mettant bout à bout tout ce qu’il avait perdu après avoir fait ces conneries : l’éloignement de sa famille, plus de travail, plus de liberté, plus de fille pour faire l’amour, plus de belle salle de bain, de beau lit, d’endroit silencieux, d’affaires vestimentaires, plus de portable, plus rien, sauf sa conscience et sa mémoire. Il était en train de cuver une déprime, il commençait par
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se dire qu’il ne mangerait plus rien, qu’il ne sortirait plus de cellule, qu’il n’irait pas à la douche…, il se laissait aller à un point tel, que le gradé chef de ce quartier d’arrivant avait jugé utile, après les remarques de ses collègues surveillants, de lui mettre une télévision spéciale belle et propre, qu’il ne sortait de son coffre-fort qu’en cas exceptionnel quant plus aucune télévision classique de la détention n’était disponible. Alors, il l’a sortie de son coffre épais avant d’aller l’installer dans la cellule de Fabrice qui rouspétait :
« Non, non, je ne veux pas de télévision, non repartez avec Chef ! Je n’en ai pas besoin, ressortez avec, je préfère être sans… !
– Bah écoutez, je vous l’installe, et vous faites ce que vous voulez, si vous voulez l’allumer, vous le faites, sinon, je reviendrai la récupérer plus tard, je la mets donc là le temps qu’une cellule se libère…
– Si vous voulez, mais je ne veux pas de télé… !
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– Sinon, il faut sortir un peu, ne vous laissez pas abattre comme ça, vous allez un jour ressortir.
– Oui, mais j’ai tout perdu, famille, travail, liberté… !
– Eh oui, quand on fait des conneries, il faut réfléchir avant aux conséquences que vos actes peuvent avoir.
– Oui, je sais… !
– Bon, alors, il faut assumer et faire votre peine, et de toute façon, les mois que vous faites là ne sont pas perdus, ce sont des mois que vous ne ferez pas une fois que vous serez passé en jugement.
– Je sais, je ne suis pas primaire chef. Dites, vous ne pouvez pas retirer ce poste dès maintenant ?
– Non, et je dois repartir, bon, je vous dis à plus Monsieur Fabrice.
– Oui, à plus tard chef ! ».
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Cette télévision aurait donc une qualité propre, une fonctionnalité supplémentaire par rapport aux autres télés installées dans les centaines d’autres cellules. Mais quelle était sa fonction à elle, pouvait-on mettre l’heure dessus en programmant des heures de réveil et de coucher ? Si c’était le cas, il n’y n’avait rien d’exceptionnel, car pratiquement toutes les télévisions pouvaient aussi faire pareil ! Par contre, quand on posait les yeux dessus, on voyait de suite qu’elle était neuve et très esthétique, elle en mettait plein la vue ! D’ailleurs, Fabrice la regardait en ce moment même pendant que sa tête était tournée côté droit vers le plateau où reposait justement ce poste que le gradé chef venait à peine de déposer.
Il restait fixé dessus, en commençant à s’endormir…
Et Fabrice finit effectivement par dormir plus profondément, mais il fit de mauvais rêves, oui, il rêva qu’il travaillait à sa caisse dans le magasin de Fabien son patron, quand celui-ci
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arriva déterminé et armé d’une carabine avant de le menacer de le tuer s’il ne lui rendait pas son argent. Alors, désemparé, ne sachant pas quoi faire, Fabrice, tremblotant, commença à parler tout en mentant à son employeur. Mais, en parlant, il vit bien l’arme s’approcher de plus en plus de lui tout en voyant le doigt de Fabien qui se crispait en même temps qu’il appuyait plus fortement sur la gâchette… ! Quand un flash s’empara de Fabrice avant qu’il ne se réveille en sueur… !
Il cria en voyant que la télévision était en plus allumée… c’était elle au final qui lui avait envoyé ce flash en traversant ses paupières avant de stimuler ses rétines-tristes. Il se demandait même qui avait bien pu l’allumer. Mais étant encore sur le coup de ce cauchemar, il ne pensa plus à ce bizarre allumage, tout en éprouvant à côté un très fort soulagement en se disant, (bien que sa situation judiciaire soit mal partie), qu’il n’était pas au moins, mort par les mains de son patron, ouf ! Souvent le cerveau, via les rêves, se met dans une situation pire afin
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d’ensuite mieux supporter la réalité de la vie au réveil. Mais ça peut-être aussi le contraire : les rêves sont plus supportables que les réveils.
Toujours couché sur le côté droit, il regarda la télévision qui montrait de belles images de paysages qui sortirent rapidement Fabrice des images de son cauchemar. Et puis, la porte de sa cellule s’ouvrit :
« Repas !
– Je n’ai pas faim ! », lança Fabrice aux deux surveillants qui passaient avec l’auxiliaire, familièrement appelé en abrégé « Auxi » qui était un détenu affecté à la distribution des repas, du ramassage des poubelles, au ménage et à la distribution des cantines (Produits alimentaires achetés par les détenus via des feuilles de commande prévues à cet effet).
La porte se referma et Fabrice se lassa finalement des images de la télévision qui l’avaient quand même transporté quelques
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instants, il était triste, il pleurait, quand tout à coup, le courant de sa télévision se coupa, avant de se rallumer immédiatement, mais sur une autre chaîne cette fois-ci, sans que Fabrice ne s’aperçoive justement de ce changement de canal de la TNT. Cette micro-coupure avait eu le temps de faire remplacer la tristesse de Fabrice par une intrigante curiosité ; oui, car il réfléchissait pour savoir ce qui avait bien pu provoquer cette coupure. Mais en vrai, il n’y avait pas eu de coupure de courant, non, uniquement la télévision qui s’était semble-t-il arrêtée avant de répartir, et ça, Fabrice l’ignorait. Alors, le problème ne pouvait que provenir du circuit électronique du poste même du chef ; enfin pour cette fois-ci… Car il pourrait très bien y avoir dans l’avenir de réelles coupures d’électricité sur son circuit-prise qui alimentait cette nouvelle télévision prêtée par ce responsable du bâtiment d’arrivants.
Quand tout à coup, Fabrice eut un tout petit rire, oui, il y avait un film de Louis de Funès sur cette nouvelle chaîne. Et là, c’est clair
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qu’il était sorti de sa morosité de tout à l’heure, sur une échelle d’évaluation d’humeur noire atrabilaire, il était remonté sur les barreaux supérieurs dont le sommet était le bonheur. Mais lui, il n’était que sur les quatre premiers du bas pour le moment, alors que tout à l’heure, c’est vrai, il n’était que sur le tout premier ! Ce film avait visiblement de l’emprise sur lui, oui, c’était « Hibernatus ». Et puis, épuisé par sa garde à vue, il s’endormit en pleine nuit quand le lendemain matin, il se réveilla, bien que la télévision ait été éteinte.
Il ne savait plus s’il l’avait lui-même coupée avant de s’endormir.
Aujourd’hui, il passerait le temps, la journée, à voir des personnes du SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation), du service médical…, du scolaire…
En fin de matinée, il avait vu la psychiatre et la psychologue, car le fait d’avoir refusé deux fois de suite ses repas, c’était comme une
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alerte pour le personnel, alors il fallait surveiller la raison de ce refus pour prévenir une éventuelle tentative de suicide. Fabrice avait simplement dit qu’il n’avait pas faim, sa situation nouvelle de personne incarcérée l’avait tellement déprimé, dégoûté, qu’il n’avait plus du tout faim. Alors, il avait donné sa version à la psychiatre et à la psychologue tout en leur disant que ce soir, il prendrait bien son repas.
Ensuite, il avait vu son nouveau travailleur social qui l’aiderait dans ses différentes recherches ou autre besoin social. Et il avait profité de son passage pour lui demander s’il pouvait avertir sa femme qui devait se demander ce qui se passait. Alors, son travailleur social, après avoir relevé le numéro de téléphone, lui avait dit qu’il l’appellerait bien dans la journée.
Et puis, il sortit en promenade l’après-midi en tournant seul, tête plus au moins baissée à regarder ses pieds… Et le soir, il était un peu moins déprimé, mais il avait toujours une
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boule au ventre, car il étouffait d’être enfermé dans des espaces si petits, lui qui avait tant l’habitude des grandes superficies du centre commercial… Oui, il était très frustré d’être séquestré, et il pensa même au suicide sans jamais passer à l’acte. Mais il aurait tellement voulu aussi retrouver la place de son poste de travail comme si de rien n’était tout en continuant de tirer dans la caisse, qu’il regrettait profondément cette ancienne situation ; « Quelle vie ! » se disait-il ! Il avait en effet mené un train de vie de roi pendant plusieurs années, et le soir, à chaque retour du travail, il comptait sa richesse en la mettant ensuite dans un coffre incrusté dans l’un des murs de sa chambre, juste derrière un tableau de Manet ; une imitation bien sûr. Car Fabrice n’était quand même pas riche comme Bill Gates pour s’en acheter un vrai.
Il avait vraiment le cafard, il s’est mis à pleurer sur son lit, il n’allait pas bien, alors il voulait fuir en s’endormant, il essaya donc de dormir… Mais impossible ! Quand au même moment la télévision s’alluma ! Il s’était dit :
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« Encore une coupure de courant ! ». Les images de l’écran ne pouvaient que lui faire du bien, car ça parlait justement de chez lui, on y voyait des images de rues qu’il avait tant sillonnées à pied et en voiture. C’est clair qu’en voyant ces images de son secteur, il ne voulait plus ni mourir, ni dormir. Au contraire, il éprouva même de la joie de revoir ces lieux qu’il rejoindrait peut-être un jour. Il en versa même une larme en pensant qu’il ne reverrait plus ces endroits en n’y posant plus physiquement les pieds avant des années, et des années sensorielles qui lui paraîtront encore plus grandes, une éternité par rapport aux 12 mois obligatoires sous les drapeaux quand le service militaire était obligatoire avant l’année 1997 ; mais même là, les jeunes étaient encore libres contrairement à lui, là, seul dans une cellule de murs et de barreaux…
Et ce qui était surprenant, c’est qu’il n’avait pas plus que ça relevé que la télévision venait de s’allumer toute seule. Enfin, il le savait, mais n’y prêtait pas davantage attention
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puisque cette dernière l’embarquait visuellement dans les rues de Vélizy-Villacoublay où il avait travaillé et volé. Et quand il revit ce centre commercial à travers ce reportage qui montrait comment les marchandises étaient approvisionnées par les différents transporteurs qui faisaient un travail remarquablement bien organisé et méthodique, il ne pensa plus à cet allumage mystérieux et intempestif de ce poste. Alors il revoyait via la caméra le Auchan en traversant plusieurs rayonnages, Fabrice était en nage de revoir les endroits où il avait tant travaillé et pioché dans les caisses de nombreux mois d’affilée sans se faire prendre… Il avait une puissante boule dans le ventre, c’était terrible, mais tellement captivant qu’il en oublia quelques minutes qu’il était en prison à la Maison d’Arrêt de Sequedin-Loos. Il se leva de son lit pour faire les quatre cents pas entre la porte de sa cellule et la fenêtre tout en jetant des coups d’œil sur l’écran. Il était frustré, et sa tristesse laissa place à la rage ! Il transpirait à l’idée de faire des années dans un endroit pareil puant, sale,
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et bruyant ! Oui, il aurait tout donné ce qu’il avait illégalement gagné, amassé, si cela pouvait lui faire recouvrer sa liberté !
La liberté valait mille fois les 15 000 euros qu’il avait détournés, car il avait perdu sa liberté de mouvement sur des espaces illimités pour plusieurs années durant, tout en devant rester confiné justement dans des espaces délimités entre des murs gorgés d’humidité.
Il avait la rage de s’être fait stupidement attraper par des caméras dissimulées dans le plafond, alors qu’une collègue de travail avait bien fait passer la rumeur, qui pourtant se devait avertisseuse comme quoi Fabien avait bien fait installer pendant les vacances d’été des caméras sur toutes les caisses du magasin. Cette collègue, c’était Iris, qui veut dire en grec « Messagère des Dieux », bon, je ne dirais pas que Fabrice et ses collègues étaient des dieux, mais quand même, ils auraient dû prendre cette fois-ci ce ouï-dire au sérieux ! Car il se retrouvait maintenant au placard pour de longs mois… ! Et il fallait dorénavant qu’il s’occupe, sinon, il allait devenir complètement
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dingue, il n’avait rien sur la conscience comme crime horrible, certes, mais il fallait qu’il sorte le plus possible de sa cellule afin de sortir hors de lui-même et de ses nouveaux problèmes…
Mais le danger, c’était les autres codétenus, il ne savait pas encore s’il serait accepté d’eux, en effet, ça, il l’ignorait ! Car en fonction de ce qu’il voudrait faire pendant ses longs mois de détention (travailler aux ateliers, aux cuisines, aller suivre des cours au scolaire (dans un petit bâtiment…)), il devrait changer de bâtiment une fois que cette période au secteur arrivant serait terminée ; et dans certains bâtiments, c’était la zone, la jungle… contrairement à là où il était en ce moment qui était largement plus calme qu’ailleurs. D’où que son travailleur social lui ait aussi posé des questions sur ses motivations en lui recommandant quand même au passage d’aller au scolaire pour étudier un peu, mais aussi d’aller faire un tour à la bibliothèque pour prendre des livres afin que toutes ces sorties, toutes ces activités le fassent sortir le plus possible de sa cellule. En
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sachant aussi que l’autre avantage pour Fabrice s’il s’inscrivait au scolaire, c’est qu’il pourrait également rester au secteur des arrivants, là où il était actuellement tout en gardant le même cadre environnant et les mêmes premières relations ; bien qu’il ne connaissait encore personne pour le moment !
Fabrice se mordait les doigts d’avoir volé son patron, oui, il aurait dû s’arrêter au bon moment, par exemple, quand une circulaire avait été distribuée à tous ses collègues qui travaillaient dans le même magasin de ce centre commercial de Vélizy-Villacoublay, et qui avertissait justement que parmi eux, il y avait un ou plusieurs voleurs qui détournaient l’argent de l’entreprise ! Cette circulaire avait été faite dans ces termes par monsieur Fabien lui-même :
Mes chers collègues,
Si je vous remets aujourd’hui cette circulaire, c’est pour d’abord vous féliciter du travail formidable que vous faites, mais aussi, pour
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vous avertir que parmi vous, il y a un ou plusieurs vendeurs qui détournent l’argent de l’entreprise ! Nous avons des pertes sur du gros matériel qui ne peut se mettre en poche, c’est donc forcément que ces produits sont passés aux caisses sans avoir été enregistrés et encaissés ! Autrement dit, l’un ou plusieurs d’entre vous, font payer le client sans enregistrer l’appareil tout en mettant l’argent dans leur poche ! Ils récupèrent le chèque de ce client, et le ou les vendeurs prennent ensuite l’argent en espèces de leur caisse ! Ou si le client paie en espèces, ils les mettent directement dans leur poche au lieu de leur tiroir-caisse !
Nous allons donc être obligés d’employer les grand moyens…, nous allons incessamment sous peu faire installer des caméras un peu partout dans le magasin et sur quelques caisses ! Mais ces caméras seront tenues secrètes !
Alors, nous ne vous demandons pas d’aller jusqu’au flicage répressif et intensif en
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empêchant vos collègues de travailler, mais de vous surveiller quand même mutuellement par un procédé de binôme ! Ce qui consiste à vous associer par deux, et si possible votre voisine ou voisin de caisse le plus proche. Et quand votre binôme passe un écran plat d’un téléviseur à sa caisse, votre binôme doit vous montrer l’argent de la vente, et vice versa ! Et vous notez au passage le nombre de téléviseurs qui sont passés à sa caisse en faisant par exemple un trait sur une feuille pour dénombrer un poste, deux traits, deux postes… et ainsi de suite… ! Et en fin de journée, on vérifiera si tout correspond… entre les traits et l’argent qui doit être normalement dans les caisses… Comme ça, on sera sûr que tout le matériel hi-fi sera encaissé !
Et si vous êtes trop débordés ou fatigués pour être suffisamment vigilants, vous pourrez appeler un agent de la sécurité qui surveillera et ira voir le cas échéant votre binôme pour constater si l’argent a bien été encaissé ! Mais aussi, ces agents se déplaceront dès votre
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signal donné dans le cas où votre binôme n’ait rien signalé, déclaré, alors qu’une télévision vient de passer entre ses mains… !
Nous sommes désolés d’en arriver là, mais nous sommes obligés de procéder ainsi jusqu’à temps que les caméras soient posées ! Et si vous avez la conscience tranquille, ceci ne devrait vous poser aucun problème pour jouer le jeu… !
La vie du magasin en dépend, donc votre poste de travail également, car les déficits sont assez conséquents pour être dans l’obligation de déposer le bilan si aucune mesure n’est prise pour enrayer ces pertes… !
Je vous remercie tous de votre compréhension et de votre solidarité, sauf bien évidemment le/les voleurs, qui eux, ne tarderont pas à être démasqués par nos services de sécurité ! JJKJKJKJJKJKJJJJJ UYUYUYUYUYUYUYUYUY F. 33
En fait, Fabien n’aura donné aucune indication de quand et où seront installées les caméras de surveillance, d’où que Fabrice, sans s’y attendre, se soit fait prendre la main dans la caisse, oui en plein flagrant délit sans que ses collègues ne le remarquent pour autant, tellement l’intervention avait été tout aussi discrète une fois que le patron Fabien avait vu les images des caméras… Car entre cette circulaire et l’installation réelle des caméras, il s’était bien écoulé six semaines ; alors beaucoup d’employés entre temps avaient comme Fabrice, oublié que des caméras allaient être posées ! Voilà pourquoi le naturel de certains était revenu au galop…, mais pour Fabrice, ça avait été ballot, car maintenant, il était au ballon !
Fabien avait été malin, car il avait même fait arrêter ce procédé de vérification systématique de binôme pour embrouiller tout le monde en leur ayant fait croire implicitement que tout était rentré dans l’ordre… Et il l’avait fait par l’intermédiaire d’une autre circulaire qu’il 34
avait fait afficher cette fois-ci sur le tableau de la cafétéria des employés :
Cher employés,
Après plusieurs semaines de vente sans pertes, car apparemment la circulaire a suffi pour dissuader ceux qui volaient dans les caisses de continuer ! Alors nous avons décidé avec les responsables d’arrêter la surveillance par binôme, bien que les caméras ne soient pas encore prêtes à être installées à cause de l’agenda hyper-chargé de l’entreprise technique de sécurité qui doit nous les poser… !
Mais nous avons vu aussi que cela vous ennuyait en vous dérangeant à chaque fois dans votre travail ! Donc à ce jour, vous pouvez reprendre votre activité de caissier, caissière classiquement sans vous occupez de votre voisin !
Continuez comme-ça merci !
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Et pour ceux qui partent en vacances, l’équipe vous souhaite de bonnes et reposantes vacances !
F.
Voilà pourquoi Fabrice avait repris ses petites manœuvres en pensant que le coup des caméras n’était qu’une fausse rumeur manœuvrée par le patron Fabien dans le seul but de leur faire peur. Et ça avait visiblement fonctionné, car, il n’y avait d’après cette dernière petite circulaire, plus de pertes. Et lui le premier s’était arrêté de prendre de l’argent sur les télévisions tout en continuant de plus belle sur les autres produits (décodeurs, buffets, enceintes, lecteurs de DVD…etc) ; car sa voisine qui le surveillait, c’était justement Iris.
Voilà comment Fabrice avait volontairement décidé de ne pas y prêter plus attention que ça, même après la rumeur qui circulait depuis l’impulsion avertisseuse (qui se voulait pourtant prudente) de cette collègue féminine Iris.
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Mais maintenant, il se retrouvait comme un cafard au placard en plein cauchemar, et il en avait déjà marre !
Le reportage sur le centre commercial de Vélizy-Villacoublay et les alentours était terminé, mais cela avait permis que son moral remonte un peu. Car après cette nuit de garde à vue, il avait repris conscience en se disant qu’il avait quand même eu un bon passé à travers ces magnifiques endroits très fleuris par les mairies… qu’il avait sillonnés… Revoir où il avait vécu permettait d’oublier l’endroit présent où il avait atterri en devenant ce citoyen déchu !
Il s’était assis sur son lit, quand la porte s’ouvrit avant d’entendre le surveillant lui demander : « Promenade ? »
Il répondit oui, et il sortit.
En sortant de cellule, il tourna à droite et il prit le couloir, et arrivé au bout, il retourna à
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gauche cette fois-ci avant d’arriver devant un détecteur et deux portes juste après qui faisaient comme un sas dans les banques avant d’être enfin sur la cour de promenade proprement dite après avoir descendu les escaliers.
Il fit la connaissance d’un autre codétenu qui se nommait Tatou, il était plus jeune que lui et il avait la peau comme les Antillais. Il était donc black avec une peau claire, et il était calme, et il fumait tout en tournant en rond avec Fabrice dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Ils firent donc connaissance pendant une heure trente ; le temps de la promenade. Fabrice, qui n’avait plus l’habitude de tourner en rond comme ça depuis sa dernière incarcération, retrouva cette situation cocasse et débile ! Ce serait pour lui comme-ci s’il faisait les allers-retours pendant une heure trente sans discontinuer dans un seul rayonnage du magasin où il travaillait auparavant. Ce serait con et lassant… alors, il se disait intérieurement tout en écoutant à moitié Tatou :
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« Purée, dans quelle situation je me suis remis, et comme ça pendant des années, oh mais je vais crever ici… cette fois-ci ! »
Tatou, lui disait qu’il était là pour trafic de drogue, et qu’il s’était fait prendre avec un peu de shit sur lui (500g), mais comme ce n’était pas la première fois, il avait été cette fois-ci mis au placard sans plus d’égards. Tatou était calme, posé, réfléchi, observateur, et il voyait bien que Fabrice n’était pas dans son état normal. Il déprimait, même s’il essayait de le cacher par des paroles-boucliers qu’il puisait de son réservoir verbal d’automatisme-survie ! Fabrice aussi lui dit la raison de son incarcération, mais devant l’optimisme de Tatou qui n’arrêtait pas de lui dire calmement d’une voix posée :
« Mais ce n’est rien ce que tu as fait. Tu n’es pas parti pour des années, tranquille, tu verras, tu vas prendre entre 1 an à 3 ans maximum. Oui, ne t’inquiète pas gars… ! »
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Alors, Fabrice reprit de l’espoir, mais il savait que maintenant sa famille ne le verrait plus de la même manière. Oui, elle le considérerait comme un voleur, un escroc, une personne qui détourne l’argent de celui qui l’avait pourtant aidé à s’insérer lors de sa conditionnelle pour sa deuxième sortie de prison…, oui, c’était un demi-monstre ingrat, sans scrupule aux yeux de certains… pensait-il au fond de lui-même.
Et puis, ils ont continué à tourner en promenade toujours dans le sens contraire des aiguilles d’une montre quand dans le haut-parleur, ils entendirent :
« Troisième étage, fin de promenade ! »
Il fallait que ceux du troisième étage qui marchaient encore s’acheminent vers la porte d’entrée du sas en grille de la promenade. Car les surveillants allaient les faire réintégrer en premier le bâtiment avant qu’ils prennent les escaliers quand la personne du pic (le surveillant installé à un poste de commande avec plein de boutons) déverrouille toutes les
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portes pour qu’ils puissent justement remonter.
Tatou et Fabrice étaient dans le même couloir des arrivants, alors ils pouvaient toujours tourner dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (pour symboliquement remonter le temps) tant que le troisième et le deuxième étage n’étaient pas encore rentrés. Et pendant ces quelques pas qu’il leur restait à faire, Tatou relança :
« Ne t’inquiète pas Fabrice, tu as volé de l’argent, mais tu n’as tué personne, tu ne vas pas prendre beaucoup.
– Oui, mais ma famille et mes amis, ne vont plus me voir de la même manière maintenant !
– Tu t’en fous, tu recommenceras une nouvelle vie.
Ouais, je vais peut-être changer de pays, je verrai, mais là, je ne suis pas sorti de l’auberge comme on dit ! Purée, j’ai eu beaucoup trop faim, je n’arrivais plus à
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m’arrêter, j’aurais dû percuter quand une collègue disait à tout le monde que des caméras allaient être installées… !
– Oh c’est fait maintenant, tu ne peux plus revenir en arrière… Tiens, tu vois le gars là-bas ?
– Oui, pourquoi ?
– Eh bien, il a vingt-deux ans, et tu sais combien il a pris hier ?
– Non !
– Il s’est pris 30 ans en pleine poire avec 22 ans de sûreté parce qu’il a tué un type lors d’un braquage qui a mal tourné. Alors tu vois lui, dans quelle merde il est, toi, ton affaire à côté c’est du pipi de chat !
– Oui, c’est clair. Mais tu sais, quand tu avais tout dehors, un travail, une famille et une merveilleuse femme… qui n’est d’ailleurs même pas au courant de ma nouvelle situation…
– Tu as des enfants… ?
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– Non, mais quand tu as tout ça, et te retrouver au placard loin des siens du jour au lendemain sans boulot en main en traînant une réputation d’escroc, ça fait aussi mal que de prendre trente ans sans jamais avoir construit quoi que ce soit dans sa vie en ayant vécu au jour le jour à l’aventure des braquages.
– Oui, c’est vrai, mais bon, je te dis, ton affaire est simple, et si ça se trouve, ils vont peut-être te faire libérer jusqu’au procès, comme ça, tu viendras librement au tribunal ! Tu n’es pas un assassin comme certains, alors ils vont peut-être te libérer jusqu’à ton procès, c’est que l’on appelle « En liberté provisoire ».
– Oui, je sais, j’évite donc la prison.
– Oui, le temps que tu te fasses juger, mais après, si tu es condamné à 2 ans, tu te taperas ces années à faire entre les murs !
– Je ne sais pas si c’est un avantage de commencer à faire des années en prison dès maintenant, comme ça le jour du jugement, il ne me restera plus rien à faire…
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– Non non, car, si tu vas au jugement après deux ans d’attente en les passant en taule, ces chiens vont te redonner deux ans supplémentaires pour que tu retournes au placard sans que tu sois tout de suite libéré ; car c’est dur pour eux de voir un type qu’ils condamnent être libre ou non loin de l’être juste après sa condamnation ! Dans leur cervelle, ils ont l’impression que le condamné n’a jamais fait de prison, c’est psychologique… alors, ils leur rajoutent des années : si tu as déjà fait 15 mois, ils vont de mettre 20 mois quand tu arriveras au Tribunal, si tu as fait 6 mois, ils ne vont te mettre que 12 mois…etc ! Alors que si tu es libre, et que tu n’es pas un criminel, et que tu n’as pas encore fait de prison, ils te mettront une petite peine dès le départ, tu vois ce que je veux dire ? Alors que si tu fais déjà deux ans, et tu tombes sur des frustrés de la vie, cons et non intelligents, ils vont te remettre deux ans, alors que tu n’aurais pris que deux ans une seule fois si tu étais venu en tant qu’accusé libre… et peut-être même moins… !
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– Oui, je vois ce que tu veux dire, mais j’ai déjà fait justement de la prison… mais bon, je vais réfléchir en cellule après cette promenade. Mais c’est vrai que je peux avoir le profil pour retrouver la liberté le temps de ce procès, il faut que je tente le coup. C’est ce que l’on appelle « une liberté provisoire » ?
– Oui, c’est ça ! Tu sais, ils sont tellement cons certains et haineux face aux détenus… ! D’ailleurs, la plupart des magistrats viennent de la classe bourgeoise, et pour eux, le détenu est leur antinomie, alors, ils ne les ratent pas quand ils les ont sous la main en se montrant sans cœur : car ils en ont ras-le-bol que certains de leur proches se fassent voler, agresser, violer, tuer… par eux… ! Et en vrai, ils manipulent souplement les jurés censés venir de toutes les classes sociales (qui sont impressionnés d’aller dans un tribunal)… par des sous-entendus, des gestes, des textes de lois… qu’ils savent sortir au bon moment pour appuyer leur argumentation et convaincre la volonté du jury réuni d’aller dans un sens comme dans un autre… pour
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condamner… tout en leur faisant croire que c’est la normalité de le faire sévèrement ; et qu’une peine plus petite ne serait pas assez ! Oui, ces magistrats sont toujours partants pour donner plus d’années que moins… !
– Bon, je verrai !Tiens, ils viennent d’appeler le RDC !
– Oui, regarde, il n’y a presque plus personne dans la cour, il ne reste que les arrivants et ceux qui sont revenus à ce quartier d’arrivants après un incident dans un autre bâtiment !
– Oui, je vois… ! Allez, on y va… !
Une fois arrivé en cellule, Fabrice éprouvait une immense joie après tout ce qu’il venait d’entendre de la bouche de son codétenu psychologue, concernant une libération provisoire qui était peut-être à sa portée. Il était content, et il commençait à réfléchir…, oui, il lui fallait un avocat, mais comment faire, il était à sec, sans argent et sans amis. Et personne ne voudrait venir en taule pour le voir, et lui non plus ne voulait faire venir
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personne, alors ça allait être dur dur de trouver une solution dans ces conditions-là. Mais ce n’était pas grave, ce soir il allait passer une bonne soirée, il était content, car l’optique de la liberté retrouvée n’était plus un lointain fantasme maintenant, mais une probabilité potentiellement proche.
Il rentra joyeux dans sa cellule, et voulut allumer la télévision du chef, mais après avoir appuyé sur le bouton, rien ne se passa, oui, on aurait dit que le courant était coupé. Il réessaya plusieurs fois, il passa aux toilettes, se lava les mains, et réessaya, mais en vain, rien ne se produisait. Alors, il décida d’attendre la gamelle, comme ça, il signalerait le problème au surveillant qui passerait avec l’auxiliaire au moment où ils lui apporteraient son repas. L’auxiliaire était plus communément appelé par les détenus « Auxi » en abrégé…
En attendant, il se mit sur son lit en repensant à ce que Tatou lui avait positivement dit : qu’il pourrait sortir en provisoire, étant donné
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qu’il n’était pas là pour une affaire de braquage, de viol, de meurtre ou d’assassinat. Il regarda son plafond pendant qu’un petit sourire se dessinait sur ses lèvres, oui, il espérait vraiment sortir, et le seul moyen de savoir si cela serait possible, c’était de passer par son avocat pour qu’ensuite le juge d’instruction décide ou pas de le faire sortir jusqu’au procès, ou au contraire, le faire moisir des mois entre les murs humides et froids de sa cellule.
Quinze minutes après, il entendit dans le couloir les portes s’ouvrir successivement devant le passage du chariot des aliments…
Il se leva donc afin de préparer ses ustensiles de cuisine : assiette, fourchette, couteau, cuillère et verre qu’il disposa sur sa table qui était à droite de son lit contre le mur ; à côté de la fenêtre. Il venait à peine de terminer de mettre sa table, que sa porte s’ébranla dans un bruit tonitruant de serrure et de clé avant qu’apparaisse la silhouette baraquée d’un
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surveillant avec juste derrière lui, sur la droite, l’auxi. Le surveillant lança :
« Repas !
– Oui, j’arrive, attendez, je prends mon assiette… voilà…
– Bonjour !
– Tu veux des frites ?
– Oui, je veux bien.
– Tu veux la saucisse ?
– Oui, je veux bien merci.
– Tiens, voilà ton fromage, bonne soirée.
– Oui bonne soirée à toi aussi. »
Et puis la porte de cellule de Fabrice se referma, et il entendit une seconde à peine après la clé qui fermait sa serrure, et juste derrière, il entendit les trois loquets de fermeture supplémentaires qui étaient disposés sur sa porte : un en haut, un au milieu
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et le dernier en bas, à trente centimètres du sol. Ensuite, Fabrice entendit la porte de son voisin s’ouvrir à son tour avec l’arrêt du roulement du chariot qui devait se trouver à la porte de son codétenu pour lui servir aussi le repas… Et ainsi de suite en faisant toutes les portes des autres cellules de ce long couloir…
Fabrice s’assit sur sa chaise et mangea son repas, il avait faim, il allait mieux, Oui, Tatou lui avait bien remonté le moral. Il trouva son premier repas très bon, c’était d’ailleurs son tout premier dîner en taule, et ça allait, il n’y avait pas trop de choses à redire vu l’environnement. Il s’attendait même comme lors de sa première incarcération à plus dégoûtant que ça d’après les milliers de films de prisons américaines qu’il avait pu voir à la télévision et au cinéma, alors que là, ses frites et sa saucisse étaient passées sans dégoût ; et on pourrait même dire, avec gourmandise !
Après son repas, il essaya d’allumer la télévision, mais rien à faire…, et il avait complètement oublié d’en parler au
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surveillant, alors c’était foutu pour ce soir, il devait maintenant attendre le lendemain matin. Il était content, mais très déçu de ne pouvoir se divertir pendant cette première veillée derrière les barreaux en regardant des programmes à la télévision. Alors il réessaya des tas de fois, mais en vain, impossible d’allumer le poste, alors il déclara forfait en se recouchant… Et puis il eut une idée, oui, il allait appeler son voisin pour savoir si sa télévision à lui fonctionnait.
Il se leva donc, ouvrit la fenêtre, s’approcha du mur avant de cogner avec son verre pour éviter de se faire mal aux doigts :
« Toc toc ! »
Aucune réponse, et un petit silence continuait d’étouffer l’espace extérieur entre sa cellule et celle de son voisin. Alors, il retapa :
« Toc toc ! »
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Et cinq secondes après, Fabrice entendit le bruit de l’ouverture d’une fenêtre :
« Oui, c’est qui qui tape dans le mur ?
– C’est moi, ton voisin, Fabrice !
– Ouais, tu veux quoi ?
– Je voulais te demander, est-ce que ta télévision fonctionne ?
– Bah oui, elle fonctionne, pourquoi ?
– Non, parce que la mienne, elle ne fonctionne pas ! Pourtant j’appuie dessus, mais rien n’y fait ! Alors, je voulais savoir si cela était un problème de courant électrique général !
– Non, non, j’ai du jus dans ma cellule ! Eh tu viens d’arriver ?
– Oui, ce matin ! Et toi ?
– Non, moi, je suis là depuis douze mois, avant j’étais en division B, mais je me suis bagarré, alors ils m’ont remis ici dans le quartier d’arrivants !
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– Ah d’accord ! Alors, comment je fais avec ma télévision ?
– Tu veux que je te balance une rallonge par la fenêtre, comme ça, tu auras du courant !
– Oh oui, bonne idée, oui je veux bien, merci !
– Attends, je vais la chercher, attends deux minutes… !
– Oui, vas-y, j’attends ! »
Deux minutes s’écoulèrent… et Fabrice pendant ce temps-là, avait entendu plein de bruits dans la cellule de son voisin qui auditivement parlant, signifiait qu’il déplaçait plein d’affaires… pour retrouver sa rallonge électrique !
– « Eh gars, au fait, tu t’appelles comment ?
– Fabrice !
– Tiens, tends le bras, je te passe ça… tu l’as ?
– Non… ah si, voilà, je l’ai, merci, attends, je vais essayer de brancher mon poste ! »
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Fabrice débarrassa rapidement ses couverts en les mettant sur son lit… prit la télévision du plateau fixé au mur près de l’entrée avant de la déposer sur sa table, récupéra la prise et la brancha avant d’appuyer sur les boutons, mais rien ne se produisit.
– « Eh voisin… ?
– Je m’appelle Lukas, c’est du latin, et ça veut dire « celui qui apporte la lumière ».
– Ah d’accord, mais pas cette fois-ci ha ha ha !
– Ah bon, pourquoi, ça ne fonctionne pas ?
– Non, rien de rien ! Nada !
– Bah alors, c’est la télévision qui déconne ! Demain, tu la changeras !
– Oui, il ne me reste plus que ça à faire, merde alors ! Ce n’est pas de chance, car tu allais m’apporter du courant, et voilà que c’est le poste qui débloque maintenant !
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– Tiens, tends ton bras, je te les passe par la fenêtre comme pour la rallonge !
– Vas-y, tu peux y aller, j’ai le bras en position… Ah voilà, je les ai, merci, purée, c’est lourd !
– Oui, je te les ai mis dans un sac poubelle, tu en as dix en tout !
– Bien, je te remercie Lukas ! Bon, on peut dire quelque part toujours d’après l’origine de ton prénom, tu m’as apporté la lumière des connaissances via ces magazines hyper instructifs à défaut d’une lumière électrique !
– Oui, on peut dire ça… hi hi hi ! Il n’y a pas de problème, bon, Fabrice, je vais te laisser, car le film va bientôt commencer… !
– OK, je te remercie encore une fois, merci !
– Pas de problème gars, à plus !
– Oh attends, je vais te renvoyer ta rallonge, elle ne me sert à rien maintenant !
– Oui, vas-y !
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– Tu l’as ?
– Ouais ouais, muchas gracias !
– Buenas tardes ! Merci Lukas !
– De nada ! Pas de problème ! À plus tard… ! »
Fabrice était content, car il pensait que le bonheur en taule, on peut à la rigueur le trouver à travers des bonnes relations avec d’autres codétenus. Et ce détenu, bien qu’il s’était battu et que l’on aurait pu penser à première vue qu’il était violent, était en tout cas serviable et respectueux, alors la bagarre, par déduction, c’est encore un crétin qui a dû la déclencher… Ce n’était qu’une hypothèse de Fabrice d’après le comportement de son voisin mystère lumière. Bon, en tout cas Fabrice avait maintenant de la très bonne lecture qui le ferait visuellement sortir hors de ces murs et de cette méchante télé… !
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Il se rallongea sur son lit, et commença à feuilleter les magazines avec plaisir, il regarda même la télévision genre :
« Oh tu peux rester en panne toi, maintenant, j’ai de quoi faire, na ! »
En effet, Fabrice était content d’avoir de quoi s’occuper plaisamment en lisant des revues scientifiques, car il avait choisi de travailler avec les télévisions en partie aussi parce qu’il aimait les technologies et les sciences en général, alors « Science et Vie », « Ça m’intéresse », « Comment ça marche » ne pouvaient qu’agréablement et opportunément l’occuper pour la soirée ! ! Mais avant de les feuilleter, il se releva pour essayer une dernière fois la télévision… mais rien de rien, elle était visiblement cassée, alors cette fois-ci, résigné, mais content, il sauta sur son lit en faisant un gros bruit avant de plonger ses yeux dans les pages instructives de ces magazines !
Et vers minuit, il s’endormit pour sa deuxième nuit… !
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Deuxième partie
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Le lendemain, le surveillant et l’auxi passèrent à sa porte pour lui distribuer le petit-déjeuner, mais n’ayant pas tellement faim, ni de poubelle à leur donner, ils repartirent aussi vite en passant aux portes suivantes du couloir ! Fabrice avait encore oublié de demander à voir le chef ou qu’on lui change au moins sa télévision ! Alors il appuya sur le bouton de l’interphone en métal… quand au bout de deux minutes, une voix tout aussi métallique sortant de cet appareil decommunication interne… répondit :
« Oui, j’écoute ?
– Je vous appelle parce que j’ai oublié de demander au surveillant qu’il appelle le chef, car j’ai ma télévision qui ne fonctionne plus !
– Vous l’avez fait tomber ?
– Non non ! Elle ne fonctionne plus depuis hier soir !
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– Attendez, une télévision ça ne tombe pas en panne comme ça par l’effet du Saint-Esprit !
– Je vous dis que je n’ai absolument rien fait… !
– Oui oui…, vous verrez avec le chef de toute façon…, je vais lui demander s’il peut vous recevoir dans la matinée !
– Merci !
– Vous voulez que j’appelle le surveillant pour qu’il vienne vous voir ? Il est encore dans votre couloir, je le vois là.
– Oui à la rigueur, comme ça je lui montrerai…, oui allez-y, appelez-le pour moi, SVP, merci !
– OK, mais mettez un drapeau la prochaine fois !
– Oui je glisserai une feuille entre la porte et le chambranle pour avertir que j’ai besoin de voir un surveillant… !
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– Bon, patientez quelques minutes qu’il finisse avec les cellules d’à côté…
– OK, merci ! »
« Purée, elle n’est pas aimable cette bonne femme, elle croit que c’est moi qui ai cassé la télé… ! Eh bien, je ne suis pas dans la merde s’ils pensent tous que c’est moi qui ai pété ce poste ! Voilà, les problèmes commencent, purée, mais qu’est-ce que je fous dans un endroit pareil… ! Oui, je sais, j’ai fait le con me dirait ma mère… ! »
Fabrice paniquait déjà vu que la surveillante qui travaillait au pic, pas loin de sa cellule, à l’autre bout du couloir côté droit, l’incriminait dans cette panne sans même savoir. Fabrice envisageait donc un futur des plus problématiques si tout le personnel d’ici était en mode accusation sans être sûr de la réalité des faits. Il finit à peine de penser ceci quand la porte de sa cellule s’ébranla ; c’était le surveillant.
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« Oui, vous avez rappelé, alors votre télévision ne fonctionne pas ?
– Oui, je ne sais ce qu’elle a, mais hier j’ai voulu l’allumer, et elle ne s’est pas mise en route !
– Vous l’avez fait tomber ?
– Non, rien de ça, regardez la carcasse, elle est intacte… !
– Oui, ça m’a l’air… Vous avez du courant au moins dans vos prises ?
– Bah, je ne sais pas, je n’ai rien d’autre… !
– Même pas un poste radio pour juste faire un essai ?
– Non, je viens d’arriver, mais mon voisin Lukas, lui, dans la cellule d’ici, il doit bien en avoir un qu’il pourrait me prêter juste pour faire cet essai.
– Bah alors, allez cogner à sa porte pour lui demander…
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– Oui, attendez, laissez-moi passer…, voilà, merci ! »
Toc toc toc… !
« Oui, c’est qui là ?
– C’est Fabrice, ton voisin, je suis avec le surveillant, on est en train de voir ma télévision, tu pourrais me passer un poste radio pour que l’on vérifie la prise ?
– Ouais, pas de problème, je te le passe par la fenêtre, ah non, je suis con, il ne passe pas entre les barreaux, demande au surveillant d’ouvrir ma cellule !
– OK… surveillant SVP ?
– Oui ?
– Vous pouvez ouvrir maintenant, il est d’accord ! ! »
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Le surveillant ouvrit donc la porte de cellule de Lukas en faisant beaucoup de bruit métallique avec ses clés… ! Et c’était la première fois que Fabrice voyait Lukas, est-ce que leurs têtes s’accorderont respectivement ! ? Car, en prison, les jugements d’apparence sont expéditifs… !
– « Ah salut Lukas !
– Salut, c’est comment ton prénom déjà ?
– Fabrice !
– Ah oui, bon tiens essaye ça, alors je t’explique, je viens de l’essayer, et il fonctionne bien !
– Oui, je vais le voir tout de suite en vérifiant ma prise… »
Fabrice prit le poste que lui avait tendu Lukas avec le fil d’alimentation électrique, et le mit dans la prise où était censée être branchée la télévision. Et quelle surprise, le poste cracha les sons harmonieux d’une »
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musique qui était « Là-bas » de Jean-Jacques Goldman. Il le re-débrancha avant de le rebrancher pour être sûr, eh bien, rebelote, il refonctionnait bien, alors il prit le cordon de la télévision, mais là, rien, oui rien, ni son, ni image ! C’était à ne plus rien y comprendre ! Car, ce poste du chef n’était ni tombé, ni n’avait reçu de l’eau sur sa carcasse… Alors qu’est-ce que c’était ?
Le surveillant perdit patience :
« Bon allez-y, rapportez le cordon à votre voisin, car ça va être l’heure de la promenade ! Et vous voyez bien que ça ne fonctionne pas, alors ce n’est pas la peine d’insister !
– Oui, bon, j’y vais… ! Lukas, tiens, je te redonne ton poste, la prise est bonne, mais la télévision semble hors service !
– OK désolé pour toi, je te repasserai des revues ce soir… !
– Merci, c’est gentil !
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– Surveillant, vous ne pouvez pas lui trouver une télévision ?
– Le problème a été signalé, maintenant il faut attendre la personne qui s’occupe des télévisions…
– Ah OK !
– Bon, bon appétit Fabrice !
– Oui, toi aussi, bon appétit Lukas ».
Fabrice réintégra sa cellule, et il ne lui restait plus qu’à demander à voir le chef, alors, juste avant que le surveillant ne referme :
« Surveillant SVP, est-ce que vous pouvez demander si le chef peut me recevoir en fin de matinée ou cet après-midi ?
– Je vais voir, mais je crois qu’il est parti en vacances,… je vais essayer de le joindre… OK ! Bon, je ferme maintenant… !
– Oui, allez-y ! »
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Et en fin de matinée, toujours pas de nouvelles, le repas arriva, et le surveillant donna comme explication à Fabrice :
« Bon, le chef est bien parti en vacances, et pour régler votre problème avec la télé, il faut écrire à l’auxi télé afin qu’il vienne voir ce qui se passe. Mais je préfère vous le dire tout de suite, faite au plus vite cette lettre, car ça peut mettre une à deux semaines avant qu’il ne se déplace. Car les locations se font par quinzaine, soit en début, soit au milieu du mois, et là, comme on a dépassé le milieu… alors…
– Oui, je vais voir ça cet après-midi pour faire une lettre et la remettre ensuite dés demain matin !
– Bon appétit, et bon courage… !
– Oui, merci ! »
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Fabrice commença la lettre avant même de manger, oui, il était pris par cette idée de régler le problème tout de suite. Alors il fit une petite lettre de quatre phrases avant de manger sa barquette alimentaire qui contenait des lasagnes. C’était bon, mais la quantité était bien trop petite, faible, insignifiante… qu’il en crevait encore la dalle après avoir terminé son repas avec pour seul dessert, un morceau de camembert enveloppé d’un papier aluminium couleur or. Dans toutes les prisons, c’était soit le fromage, soit le dessert (pomme, gâteau, tarte, yaourt…). Alors il ne pouvait pas compter sur deux portions supplémentaires pour combler son estomac qui avait trop faim.
Après avoir sommairement mangé, il s’allongea sur son lit pour faire une petite sieste. Mais il se réveilla quand un autre surveillant ouvrit la porte de sa cellule :
« Courrier !
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– Oui, j’arrive… ! Attendez, je me lève… !
– Bougez pas, je vous le pose sur la télé !
– Oui, merci ! »
Fabrice se leva quand même pour le récupérer avant de se remettre sur son lit, c’était son avocat qui lui annonçait :
Cher client,
Je suis désolé de vous informer que le juge n’a pas voulu vous mettre en liberté provisoire. Car il estime que vos multiples condamnations pour détournement sont une preuve que vous n’avez fait aucun effort pour vous réinsérer lors de votre libération conditionnelle, même si la somme détournée n’est pas trop importante, il s’est plutôt basé sur votre casier judiciaire.
Je passerai vous voir cette semaine et gardez le moral, vous n’encourez pas plus de trois ans !
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Votre bien dévoué. Le 17 octobre 2013.
Fabrice, à la lecture de la lettre, prit comme un coup dans le casque, oui, il s’était spontanément et complètement décomposé ; il avait changé de visage. C’est incroyable comment une lettre en fonction contenu peut transformer une tête humaine ! Oui, il s’écroula sur son lit avec des envies de mourir… Il se disait qu’il allait passer des années à perdre son temps entre ces murs humides et remplis de mauvaises âmes de mâles qui avaient eu probablement comme lui, dans la vie, beaucoup de mal pour à s’en sortir… Et à peine eut-il cette pensée, que la télévision se mit en fonctionnement, laissant apparaître des images d’une météo capricieuse et pluvieuse.
« Purée, mais elle est folle cette télévision, elle s’allume comme ça par enchantement ! Qu’est-ce que c’est que ce bordel, le courant est revenu, mais non, il y avait du courant
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tout à l’heure, je ne comprends plus rien, je vais devenir dingue ici ! Attends, je vais changer de chaîne pour voir si s’elles fonctionnent toutes… ! »
Fabrice se releva et appuya sur les boutons de la télévision, et ils fonctionnaient visiblement tous à sa grande surprise !
« Mais oui, elle RE…FONC…TION…NE cette coquine ! Qu’est-ce que c’est que cette télévision ! Attends, je vais le dire à Lukas !
Se dit-il à lui-même avant de frapper le mur…
Toc toc toc !
– Oui, Fabrice, qu’est-ce qui se passe ?
– Tu ne vas pas le croire !
– Quoi ?
– Mais la télévision vient tout juste de se remettre à fonctionner !
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– Ah bon, mais tu avais du courant tout à l’heure, tu avais déjà fait plusieurs essais, et elle ne s’allumait pas…, c’est bien ça, non ?
– Oui, justement, j’avais essayé avec ton poste radio, et le courant était bien présent, mais la télévision ne voulait pas s’allumer ! Alors que là, elle vient tout juste de repartir toute seule…, c’est à devenir fou, non ?
– Oui, c’est vraiment bizarre ton histoire, mais tu as fait quoi exactement ? Est-ce que tu l’as remuée, secouée, faite tomber… elle a peut-être un faux contact quelque part dans l’alimentation ! ?
– Ah oui, je n’y ai pas pensé, mais non, je n’ai touché à rien puisque j’étais sur mon lit, d’ailleurs, j’ai appris une mauvaise nouvelle, ce juge d’instruction ne veut pas me faire sortir en libération provisoire !
– Oh l’enf… ! Mais il a avancé quoi pour justifier ton maintien en détention ?
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– Que je n’étais pas à mon premier coup d’essai et que je n’avais pas compris ce que c’était une libération conditionnelle !
– Bah quelque part, il a raison, si en conditionnelle tu piques encore dans la caisse, alors que tu n’as même pas fini ta première condamnation, bonjour la réinsertion qu’il a dû se dire dans sa tête d’intello hi hi hi !
– Oui, mais quand même, je n’ai tué personne… !
– Oui, contrairement à moi, certes… !
– Ah bon, mais tu as fait quoi ?
C’est une question qui normalement ne se pose pas en prison, mais bon, je vais te le dire à toi, je te fais confiance ! Alors, je suis tombé pour meurtre, j’ai tué un type qui avait frappé ma mère dans le bus, mais je ne l’ai pas fait exprès, je lui ai mis plusieurs droites et il est tombé à travers les portes arrière la tête la première sur le trottoir en se fracassant le crâne ! Les portes du bus se sont ouvertes
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au moment où je le boxais, car le conducteur avait pris peur, alors il voulait que l’on règle nos problèmes dehors ! Mais, on n’a pas eu le temps, les portes se sont ouvertes libérant l’espace pour que le type aille se fracasser la cervelle par terre au lieu de le retenir… !
– Et tu regrettes ?
– Oui, je regrette d’être en prison loin de ma mère et de ma famille et aussi d’avoir tué ce type sans le faire exprès, je voulais simplement le lui mettre une droite sans le tuer, car il avait quand même cogné ma mère en lui mettant un coup de poing dans l’épaule sous prétexte qu’elle l’avait légèrement bousculé en s’asseyant à une place… ! Alors oui, je regrette de l’avoir tué, ce n’était pas le but recherché, et j’ai été condamné à 7 ans pour meurtre sans l’intention de tuer ! Et je m’en sors très bien, car j’aurais pu prendre beaucoup plus !
– Ah merde !
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– Alors, tu vois que ton problème c’est de la rigolade à côté, et encore, tu auras peut-être l’occasion de parler à d’autres détenus qui eux, sont sur des très grandes peines supérieures à 15 ans, voire perpétuité ! D’ailleurs, ne parle pas trop de ton affaire ! En taule, il faut être discret, et ne pas s’occuper des problèmes des autres… ! Bon, tu vas pouvoir regarder la télévision alors !
– Oui, même si j’aurais préféré regarder mentalement la perspective d’être libéré ! Mais bon, comme tu dis, il y a bien pire que moi… ! Alors oui, je vais essayer de regarder la télévision !
– Bonne soirée alors mon pote !
– Oui, toi aussi, bonne soirée ! Ah oui, je peux encore garder tes magazines… ?
– Oui oui tranquille, prends ton temps poteau… d’ailleurs, t’en veux d’autres ?
– Non merci, ça va, je n’ai pas terminé ceux que tu m’as déjà prêtés ! Allez, bonne soirée Lukas !
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– Toi aussi ! »
En effet sa télévision s’était remise en fonctionnement, et Fabrice ne s’y attendait pas du tout, car son esprit était totalement ailleurs… que même cette télé n’arrivait pas entièrement à le faire sortir de ces murs. Les souvenirs de Fabrice étaient comme en vrac dans sa tête, ils étaient enterrés sous une chape de mauvais sentiments qui venaient de naître après avoir lu cette maudite lettre. Oui, tout détenu en prison peut avoir son système psychologique à première vue stable être totalement remis en cause dès qu’une mauvaise nouvelle vient le frapper de plein fouet sans avertir. Et cela via une lettre, un coup de téléphone passé à son travailleur social, d’un chef de bâtiment, d’un responsable scolaire, d’un médecin, d’une psychologue, d’un membre de la famille lors d’un parloir, d’un détenu qui lui voudrait du mal…
Les perturbateurs de leur fragile stabilité toute relative peuvent arriver de toutes parts,
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et ils viennent toujours à vous, ce n’est pas souvent vous qui allez à eux, car vous êtes habituellement installé dans une routine entre les murs de votre cellule. Sauf quand vous vous rendez dans les bureaux des responsables de la pénitentiaire où là vous foncez tête baissée vers ces gradés pour entendre une mauvaise nouvelle du genre : on vous change de cellule, de bâtiment, vous êtes transféré ; il n’y a plus de place au scolaire ; on a trouvé telle ou telle chose dans votre cellule lors d’une fouille, alors vous avez un rapport… ; un membre de votre famille est décédé…etc !
Fabrice regarda un débat sur France 2 entre deux hommes politiques…, mais il s’était fait une très mauvaise opinion d’eux… Car il voyait très bien qu’ils n’étaient pas sincères en général, mais embrouillaient le bas peuple avec des flots de paroles automatiques fabriquées et enregistrées de toutes pièces lors des nombreuses discussions qu’ils avaient entre eux journellement en prenant des idées un peu partout au sein de leur
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parti… Ce n’était donc que du bla-bla… sans réelle intelligence derrière… Et puis, il décida d’éteindre sa télévision qui obéit de suite en se coupant immédiatement, Fabrice fut un moment pensif…, avant de fermer les yeux et de s’endormir…
Le lendemain matin, son avocat vint inopinément le voir au parloir. Il était content car cela lui donnait une occasion de discuter, et donc de sortir de sa silencieuse déprime.
Alors sa porte de cellule s’ouvrit pour le ramassage de son sac poubelle, et pour qu’il récupère sa baguette (de pain), quand le surveillant, au moment de refermer la porte, lui annonça :
« Vous avez parloir avocat aujourd’hui, il faut vous préparer pour 9h30 !
– Oui, bien sûr, mais c’est comment son nom ?
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– Je ne sais pas, mais je pourrai vous le dire tout à l’heure après le mouvement des promenades.
– Oui, d’accord ! On fait comme ça ! »
Le surveillant referma sa porte avant de réapparaître une demi-heure après.
« Alors, je me suis renseigné, et la personne s’appelle Robert.
– Très bien, c’est bon, c’est bien lui que j’attendais ! Merci ! Au fait surveillant, vous savez ce que ce prénom veut dire ?
– Non ! ça veut dire quoi ?
Eh bien, Robert c’est d’abord d’origine germanique, et ça veut dire « gloire ». Alors j’espère qu’il va m’amener à la réussite glorieuse d’une bonne issue pour moi lors de mon procès ! Mais ce n’est pas tout, ma cousine qui s’occupe de moi s’appelle
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– Véronique, et vous savez ce que son nom veut dire aussi ?
– Non !
– Eh bien, c’est d’origine grec, et ça veut dire « Celle qui apporte la victoire », alors si en étant entouré de personne portant des noms pareils, je ne finis pas dehors, je ne comprends plus rien… !
– Hi hi hi !
– Hi hi hi !
-Oui, je l’espère pour vous, surtout vous n’avez pas l’air d’être un gros méchant braqueur ou autre.
– Non, petit voleur, petit « détourneur » de fonds… là oui !
– Détournement de fonds, certes, c’est quand même condamnable, mais, vous n’avez pas tué… ! Alors, peut-être que ça va bien se passer pour vous, et puis vous allez voir, en vous occupant l’esprit, ça va passer vite !
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– Oui, je l’espère !
– Il faut que j’y aille, n’oubliez pas de vous préparer pour le parloir avocat… !
– Oui, je ne risque pas d’oublier…, merci, je commence dès maintenant ! »
Et le surveillant referma sa porte…
Ce petit échange avait fait tant de bien à Fabrice qu’il en avait repris un bien meilleur moral. Il s’habilla assez rapidement en prenant un joli pull et un pantalon d’un carton avant de les enfiler. Il voulait être correct, présentable devant son avocat qui le mènerait peut-être à la victoire d’une condamnation la moins importante possible/ En effet, il était en prison depuis quelques jours, et il n’avait presque rien comme affaires personnelles si sa cousine Véronique n’était pas venue entre temps lui remettre rapidement un grand sac. Et que la pénitentiaire avait exceptionnellement accepté de prendre en dehors d’un parloir
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familial, avant qu’ils mettent ses affaires vestimentaires dans un carton après la fouille qui avait eu pour but de contrôler qu’aucun objet dangereux n’y soit caché !
La porte s’ouvrit, et le surveillant lui demanda :
« C’est bon, vous êtes prêt ?
– Oui, je suis prêt.
– Votre avocat vous attend dans le box.
– Mais c’est où ?
– Vous tournez à droite au bout de couloir, ensuite, on va vous guider. »
Après être passé par plusieurs portes et couloirs, il arriva devant un surveillant qui récupéra sa carte d’identité. Et mit Fabrice dans un petit box quand ce surveillant se rappela que son avocat attendait déjà dans un autre box ! Alors, il ressortit de suite Fabrice
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avant même qu’il ne se soit assis pour le mettre dans le même box que son avocat.
« Bonjour Maître !
– Bonjour !
– Bon, je vais être franc avec vous, pour sortir en provisoire, c’est mort. Mais, je peux faire activer votre passage devant le tribunal en écourtant l’attente.
– Oui, ce serait bien.
– Le problème c’est que votre patron est très remonté contre vous…
– Oui, c’est normal, il doit se sentir trahi, je comprends…
Et s’il pouvait lâcher sa plainte, ça arrangerait bien les choses, mais là, psychologiquement parlant, oui dans sa tête, c’est impossible vous l’avez compris… Alors, le mieux c’est d’activer les démarches en mettant un peu la pression auprès du juge d’instruction, afin que vous
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passiez assez rapidement en jugement, d’autant plus que vous serez jugé en correctionnelle. Si ç’avait été les assises, le temps aurait été une toute autre paire de manche ; croyez-le bien.
– Je compte sur vous Maître !
– Moi aussi je compte sur vous, ne faites pas le con, et évitez tout conflit avec les autres détenus, soyez malin… Sinon, vous avez le bonjour de votre cousine qui vous embrasse…
– Oui, merci ! »
Après une demi-heure de discussion, Fabrice ressortit du parloir, et après la fouille corporelle, il réintégra sa cellule. Mentalement, il allait un peu mieux, mais pouvait-il réellement faire confiance à cet avocat ? Car il savait que ces derniers (comme certain politicien/politicienne) brassent souvent des paroles dans la direction d’un vent agréable pour faire croire que les situations
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avancent virtuellement. Alors, il doutait que sa situation progresse réellement. Et puis, il appuya sur le bouton de la télévision qui s’alluma sans problèmes pour une fois… et montra des images de paysages d’un reportage en rapport avec le tourisme…
Le repas du midi arriva, et dans l’après-midi, il reçut une lettre juste avant d’aller en promenade ! C’était sa cousine, il la lut rapidement :
Fabrice bonjour,
Ne t’inquiète pas, je me suis renseignée auprès d’un avocat, et normalement, tu pourrais sortir. Celui que tu as, ce n’est qu’un commis d’office, et il ne fera rien pour toi, du moins par grand-chose, il va t’endormi… je vais t’envoyer cet avocat qui m’a dit qu’en moins d’une semaine tu seras dehors. Je te laisse pour le moment, car il faut que j’aille chercher les enfants à l’école, bisou, à bientôt !
Véronique 86
Fabrice courait dans toute sa cellule en criant de joie, oui, il sautait comme un cabri en dodinant son popotin dans tous les sens. Il était tellement content qu’il appela son voisin de cellule Lukas en frappant plus rapidement que d’habitude dans le mur.
« Toc toc !
– Oui Fabrice ?
– Oh tu as répondu rapidement !
– J’étais déjà à la fenêtre en train de regarder le paysage devant nous fait que de béton ha ha ha… !
– Bon, j’ai une bonne nouvelle !
– Ah oui, quoi ?
– Ma cousine m’a écrit, et elle m’a dit qu’elle va m’envoyer un nouvel avocat ! Et que celui que j’avais, ce Robert qui voulait pourtant dire gloire en germanique, n’était
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qu’un commis et qu’il n’aurait rien fait pour moi à part m’endormir avec de faux espoirs !
– Bien bien, oui, c’est bon pour toi ça, je te l’avais dit ! Ton affaire, ce n’est que de l’argent, aujourd’hui il y a tellement des crimes violents, que toutes ces petites affaires comme la tienne deviennent des bagatelles ! Et elle pense que tu vas sortir quand ?
– Moins d’une semaine d’après ses prévisions ou plutôt celles du nouvel avocat !
– Bien !
– Ah oui, j’allais oublier, mais je dois faire une lettre pour lui répondre, bon, je te laisse Lukas !
– À qui ?
– À ma cousine !
– OK, bah à plus Fabrice, rappelle-moi quand tu veux ! »
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Fabrice était tellement content, excité qu’il préférait un moment prolonger son rêve en marchant un peu dans sa cellule. Et puis, cette lettre, ce n’était pas urgent au final, l’essentiel, c’est que cet avocat viendrait le voir. Alors, il décida d’allumer la télévision, mais… rien.
« Oh non, elle a quoi encore cette télévision… ! Ce n’est pas vrai, elle fonctionnait tout à l’heure ! Et maintenant, plus rien, mais qu’est-ce que c’est que cette télé ? Elle est complètement folle, un coup elle fonctionne, et quelques minutes après, plus rien ! Elle va me rendre dingue avant que je retrouve la liberté celle-ci, je le sens d’ici ! »
Fabrice n’arrêtait pas d’appuyer nerveusement sur les boutons, mais ni image ni son ne sortait de ce tas de ferraille entouré de plastique. Et comme il avait tellement hâte d’être devant son avocat, il fit les quatre cents pas entre sa porte et sa fenêtre pour tuer le temps en attendant la promenade de »
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cet après-midi en oubliant au passage lettre et télé…
Et puis, sa porte s’ouvrit !
« Promenade ?
– Oui, j’arrive ! »
Fabrice ferma sa fenêtre en cas de pluie, et il sortit comme les autres dans le couloir en attendant devant sa porte de cellule qui venait tout juste d’être fermée par le surveillant. Et quand tout le monde fut sorti, le surveillant appela avec son talkie-walkie le pic afin de demander si c’était bon pour faire sortir les détenus. De son pc, la surveillante du pic regarda le surveillant dans le couloir, tout en répondant dans le talkie-walkie : « Oui, c’est bon ! Je déverrouille les portes… »
Les portes se déverrouillèrent et Fabrice, entraîné par le troupeau, sortit en promenade
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après avoir franchi la porte-grille de son couloir en tournant juste après à gauche et être passé enfin sous le portique anti-métaux. Il descendit ensuite les escaliers en passant sous une sorte de toit abri avant de commencer ses tours de promenade seul, car ni Lukas, ni Tatou n’était sorti, comme il pleuvait légèrement, ils avaient dû rester dans leur cellule, à moins qu’ils n’étaient en activité !
Il tourna donc seul en étant intérieurement très très content quand un type l’approcha.
« Bonjour !
– Bonjour !
– Tu viens d’arriver ?
– Oui, il y a deux jours.
– Je m’appelle Grégoire.
– Fabrice.
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– Je suis ton voisin du dessus, et je t’ai entendu parler tout à l’heure à la fenêtre avec Lukas.
– Ah bon.
– Oui, je ne veux pas être rabat-joie, mais tu sais, tant que tu n’es pas dehors, rien n’est fait en prison. Et même si tu n’as que détourné de l’argent, le juge d’instruction ne met que très rarement les inculpés dehors.
– Oui, mais mon histoire n’est rien par rapport à d’autres.
– Oui, mais tu es quand même en récidive… »
Fabrice n’en revenait pas, le type, il débarque de je ne sais où, et il connaît tout sur sa vie, du moins son affaire. C’est clair que Fabrice ignorait que la plupart des détenus s’ennuient en cellule, alors, dès que quelqu’un parle à la fenêtre, beaucoup tendent les oreilles pour se distraire mais aussi par curiosité de ce qui va se dire…
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Mais bon, ça va, Grégoire était un bon détenu respectueux et non arrogant, mais quand même agressif verbalement et physiquement quand c’était nécessaire comme une bonne partie du reste de la population carcérale.
« Grégoire ?
– Oui ?
– Tu ne me rassures pas, et ton nom encore moins !
Ah bon, pourquoi ?
– Parce que si je t’écoute, mes espoirs de sortir en provisoire sont une cause perdue. Et surtout, ton nom, qui en grec, signifie : « Celui qui est vigilant ». Alors si tes paroles sont aussi vigilantes et prudentes que ton nom, je ne serai pas dehors avant longtemps… !
– Désolé poteau, mais je suis franc avec toi !
– Oui, ce sont tes impressions.
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– Pas seulement, l’expérience aussi, car j’en connais qui n’avaient que conduit en état d’ébriété en blessant légèrement une personne, eh bien à eux, on ne leur avait pas donné cette libération provisoire. Alors toi, avec ton détournement en récidive, la probabilité est quand même assez mince, aussi bien que tout est possible… »
Fabrice avait passé la promenade en écoutant cet inconnu venu de nulle part lui casser franchement le moral, oui, il était tellement déprimé qu’il ne voulait même plus rédiger sa lettre-réponse à l’attention de sa cousine pour la remercier qu’il avait bien reçu sa lettre… Le moral des détenus tient à si peu de choses en prison : une image, une photo, un film, un reportage, un documentaire, une émission à la télé ou à la radio, un livre, une lettre, une passionnante activité (poterie, dessin, écriture…), un projet d’évasion, une conversation téléphonique avec la famille, une conversation au parloir, une conversation avec un autre codétenu en cellule, en
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promenade, à la fenêtre… ou ailleurs entre les murs de la prison, une nouvelle de son visiteur/visiteuse, d’un avocat, d’un juge, d’un procureur, du directeur de la prison ou d’un gradé, d’un surveillant, d’un médecin, d’une infirmière/infirmier, de son assistante sociale… etc. Et à l’inverse, on peut aussi perdre son moral à la suite d’une conversation avec ces mêmes personnes… ! Oui, le moral des détenus tient à peu de choses !
Il retourna en cellule, tête baissée en allant vers sa fenêtre pour l’ouvrir un peu avant de faire face à la télévision quand il vit en même temps la petite lumière rouge de veille s’allumer comme pour indiquer que le courant venait de se remettre. Il prit la télécommande et alluma son poste qui… s’illumina ! C’était à ne plus rien y comprendre !
Enfin, seul un lecteur intuitif et attentif à cette histoire peut déjà comprendre…
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Étant contre sa fenêtre, il sentit un vent frais dans son dos au même moment, il vît les images d’un bateau en pleine mer malmené par de grosses vagues. En fait, ces images étaient le reflet de ce qui se tramait dans sa tête depuis qu’il avait entendu Grégoire en promenade… oui, il ne savait plus quo penser concernant son éventuelle sortie ; son esprit tanguait de haut en bas, il faisait du roulis un coup à droite, un coup à gauche sans être sûr de rien dorénavant concernant sa situation. Et puis arriva le repas, mais il avait perdu l’appétit, et comme la nourriture en prison, ce n’est pas le top, cela avait fini par le dissuader de prendre sa gamelle ce soir-là. Il lança donc au surveillant qui ouvrit sa porte :
« C’est bon, j’ai de quoi manger, je ne prends rien ce soir ! Merci ! »
Et le surveillant referma immédiatement sa porte en lui souhaitant une bonne soirée.
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Fabrice regarda la télévision toute la soirée… avant de s’endormir…
Le matin, sa porte s’ouvrit, c’était l’auxi et le surveillant qui passaient pour ramasser la poubelle tout en lui donnant en même temps son pain. Le surveillant lui demanda s’il allait en promenade, Fabrice dit « Non ! », car, il n’avait pas la tête à ça. Il préférait rester dans son lit pour réfléchir, voire pour lire un peu… Quand vers 10h, la porte de sa cellule s’ouvrit de nouveau, cette fois-ci, c’était le chef :
« Alors Monsieur, comment ça va, je suis finalement revenu de ce petit congé que j’ai écourté…, elle fonctionne bien la télévision
– Bizarre, votre télé chef, oui, un coup elle s’allume, un coup elle ne veut rien savoir ! Pourtant elle reçoit tout le temps du courant électrique… !
– Ah oui, vous l’avez dit, cette télévision est bizarre, vous n’êtes pas le premier à me le
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Mais bon, c’est pour dépanner ceux qui arrivent. C’est mieux que rien.
– Oui quand elle fonctionne… !
– Je vous la laisse alors ?
– Oui, elle fonctionne, remarquez, attendez, je vais voir… oui, vous voyez, elle s’allume bien et il y a un reportage sur les oiseaux, les mouettes…
– Oh des mouettes, on en a ici !
– Oui, j’ai vu ça, je leur ai d’ailleurs donné à manger en leur distribuant quelques morceaux de pain entre les barreaux de ma fenêtre.
– C’est interdit, faites attention que l’on ne vous surprenne pas !
– Ah bon… !
– Oui, vous pouvez vous prendre un rapport pour ça… mais bon, ce n’est pas grave en soi… ! Bon sinon, je suis passé à votre cellule pour vous dire que votre cousine
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viendra vous voir au parloir samedi, et que maintenant, vous avez votre avocat qui vous attend.
– Ohhh bien, où ça ! Où ça… ?
– Au parloir avocat, pardi, vous y êtes déjà allé hier !
– Oui, où ais-je la tête, c’est vrai… ! Je dois donc me préparer… !
– C’est comme vous voulez, mais vaut mieux être présentable devant son avocat… !
– Oui, je vais me préparer chef ! Ah oui, mais j’y pense là, comment vous le savez chef que j’ai été hier au parloir avocat ?
– C’est marqué sur le cahier au bureau…
– Ah d’accord ! Bon, je vais me préparer alors…
– Allez-y, je reviendrai, mettez le drapeau et je saurai que vous êtes prêt étant donné que je vais rester un peu dans le couloir.
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– Oui, merci chef ! »
Le drapeau, ça consiste à mettre une feuille entre sa porte pivotante en état de fermeture et l’armature en fer fixe d’encadrement qui compose le chambranle de cette porte, afin que cette feuille-souple-drapeau coloré (car prise des feuilles de cantine de différentes couleurs que la pénitentiaire remet aux détenus pour commander leurs divers produits alimentaires et autres comme hygiéniques…), se voie du couloir, et qu’un surveillant vienne ensuite vous ouvrir pour savoir ce que vous voulez… Les détenus pouvaient aussi appuyer sur le voyant de leur interphone pour demander quelque chose, et donc avoir une réponse plus rapidement ou avertir de quelque chose comme vouloirsortir de cellule… Mais dans le cas présent, c’était pour aller au parloir avocat vu que le chef était déjà au courant que Fabrice était en train de se préparer…
Quelques minutes plus tard.
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« Maître bonjour !
– Bonjour Fabrice ! Je me présente, je m’appelle Jonathan ! »
Tout de suite Fabrice le superstitieux, l’instruit savait que ce nom était d’origine hébraïque, et qu’il voulait dire : « Don de Dieu ». Alors, il espérait que cette fois-ci, c’était le meilleur présent-cadeau que le Seigneur lui faisait !
– « Il y a longtemps que vous attendez ?
– Un peu oui, mais c’est normal en prison entre les contrôles, les fouilles que vous passez…etc. Bon, nous allons aller droit au but, j’ai obtenu du juge d’instruction avec l’aval du procureur, que vous puissiez bénéficier d’une libération provisoire !
– Non, c’est vrai… ?
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– Oui, regardez, tenez, je l’ai dans les mains, regardez…vous pouvez la lire. »
Fabrice lut la feuille en diagonale… avant de s’arrêter sur la phrase qu’il attendait :
« Fabrice… pourra sortir après vérification de son hébergement chez sa cousine… »
– Oh merci merci Maître ! Mais comment avez-vous fait ?
– J’ai simplement appliqué la loi, et votre situation rentrait dans les textes concernant les libérations provisoires. Mais quand vous serez dehors, ne fuyez pas à l’étranger pour vous défiler de votre responsabilité, car là, s’ils vous attrapent, vous passerez pour détournement de fond plus évasion !
– Non non, faites-moi confiance, bien sûr que non ! Au contraire, je vais essayer de trouver une solution pour rembourser mon
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ancien patron afin qu’il soit indulgent et qu’il retire sa plainte !
– Oui, très bonne idée… bon, je vais vous le dire maintenant, si vous êtes dehors, c’est aussi grâce à lui !
– Ah bon, pourquoi ?
– Parce que je suis allé l’interroger en expliquant la situation, et il m’a fait cette lettre pour votre défense, ce Fabien, croyez-moi, il a vraiment le cœur sur la main pour vous mettre du baume au cœur, oui, il a un très grand cœur, il est très humain ! Vous voulez lire sa lettre ?
– Oui oui, je veux bien Maître !
– Attendez que je la sorte…, la voilà, »
Fabrice prit la déclaration de la main de son avocat, qui lui, était maintenant en adéquation avec son prénom, car il venait de
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faire réellement un don de promesse de liberté à Fabrice.
Monsieur le juge,
Après m’être entretenu avec Maître Jonathan, le nouvel avocat de Fabrice, je vous fais cette lettre pour vous faire part de mon sentiment.
Mais ne croyez pas que j’ai été influencé ou manipulé par Maître Jonathan, car en vrai, j’avais envie de vous écrire cette lettre depuis déjà quelques jours après que soit retombée ma colère… Colère suite à la découverte « via les caméras » du flagrant délit de Monsieur Fabrice pris la main dans l’une de mes caisses… !
Mais je pense que pour ce garçon, il serait préférable qu’il sorte de prison afin de travailler pour commencer à envisager un avenir socialement constructif. Je sais que la prison n’est pas une solution, et
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en général, ceux qui en font en ressortent mille fois pire, alors si vous pouviez lui donner cette chance de ne pas tomber plus bas en continuant de prendre des mauvaises habitudes entre les murs, ce serait bien pour lui. J’ai vu avec son avocat, et d’après lui, il regretterait sincèrement, non pas parce qu’il a perdu la liberté, mais parce qu’il a pris conscience que je l’avais aidé la première fois en l’acceptant comme caissier/vendeur dans mon entreprise. Je pense que l’on guérit les gens par amour, gentillesse et patience, alors quel meilleur exemple à lui donner s’il voyait une fois de plus que j’étais encore indulgent envers lui…
Monsieur le juge, je pense qu’il serait bien d’essayer…
En attendant, je vous remercie d’avance… pour lui !
Fabien le…
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P.S : Je suis prêt à retirer ma plainte pour faciliter toutes les démarches de sortie… !
« Eh bien, oui Maître, il est vraiment bien ce patron, et jusqu’au bout, purée que j’ai déconné de lui avoir volé de l’argent… ! Bon, Maître, je suis d’accord, je vais essayer de retrouver un emploi, et je lui enverrai tous les mois ce que je peux jusqu’à temps que je lui aie tout remboursé… !
– Ce serait une bonne initiative… !
– On attend quoi alors ?
– Que votre hébergement soit vérifié, votre cousine va être certainement appelée et quand elle aura donné son aval, la levée d’écrou suivra dans la foulée !
– Bien !
– Bon, ne le prenez pas mal, mais j’ai un autre client à recevoir.
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– Ah bon, il est dans cette prison ?
– Oui. J’en ai profité pour vous réunir le même jour afin que l’on se voie ; je fais d’une pierre deux coups, car, l’essence coûte chère…
– Oui, je comprends ! En tout cas, merci beaucoup Maître, vous portez bien votre nom.
– Comment ça ?
– Eh bien, votre prénom Jonathan est d’origine hébraïque, et il veut dire : « Don de Dieu » ! Alors c’est clair Maître qu’avec la nouvelle que vous m’avez apportée, vous êtes comme un don de Dieu !
– Ah d’accord, oui, bien vu, je ne savais pas que mon prénom voulait dire ça, j’ai appris quelque chose aujourd’hui, merci !
– C’est moi qui vous remercie Maître en vous disant à la prochaine fois !
– Oui, Fabrice, je vous tiens au courant, allez, je dois voir mon autre client !
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– Oui oui, j’y vais, encore merci Maître ! »
Sur ce, Fabrice et son avocat Jonathan se levèrent pour se serrer la main avant de se quitter.
Fabrice réintégra sa cellule en étant aux anges, oui, il était heureux de savoir qu’il allait quitter ce trou misérable. Oui, il était au septième ciel en s’imaginant déjà dehors avec des gens de son milieu. Il était tellement content qu’il appela Lukas pour lui annoncer la bonne nouvelle.
« Oui Fabrice ?
– Devine quoi ?
– Tu vas sortir !
– Oui, dans le mille, c’est exactement ça… ! Oh grave comment je suis content !
– Tu reviens du parloir !
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– Oui, j’ai vu mon avocat Jonathan qui m’a dit qu’il ne manquait que l’attestation d’hébergement de ma cousine pour avoir l’autorisation de sortir !
– Bien, dans moins d’une semaine tu es dehors alors !
– J’espère même demain !
– Tu sais, c’est long avec eux, mais bon, sois déjà bien content pour cette bonne nouvelle !
– Oh, je le suis ! Oui, de ça, tu peux être sûr ! Bon Lukas, je te laisse, il y a la gamelle, je l’entends dans le couloir !
– OK, à plus Fabrice et bon appétit !
– Oh, je vais l’avoir l’appétit, c’est clair ! Je suis trop CONTENT !
– Tiens-moi au courant de la suite si tu as du nouveau !
– Je n’y manquerais pas ! Bon appétit ! »
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Fabrice referma sa fenêtre au moment même où la porte de sa cellule s’ouvrit pour laisser apparaître l’auxi dans l’encadrement qui avait déjà la louche dans la main droite. Fabrice prit vite son assiette avant d’aller au-devant de lui… et le surveillant demanda juste avant de refermer :
« Est-ce que vous allez en promenade cet après-midi ?
– Oui ! »
Et puis, il posa le plat sur sa table en émettant un violent cri de guerre de victoire que son voisin de cellule Lukas entendit probablement…, il jubilait ! C’est vrai que s’il échappait à la prison, il avait eu vraiment chaud cette fois-ci, et il pourrait même dans la foulée remercier son patron…
Après s’être un peu calmé, il voulut allumer la télévision, mais en vain, elle recommençait ses délires.
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« Mais qu’est-ce qu’elle a encore cette télévision, elle m’aura rendu dingue celle-ci aussi ! »
Il débrancha donc la prise avant de la remettre en place et d’appuyer sur tous les boutons, mais rien de rien, elle ne s’alluma pas davantage. Après une quinzaine de minutes à essayer de l’allumer, il renonça et repensa à sa future proche libération ce qui ranima instantanément sa jubilation !
C’était l’heure d’aller en promenade, et il voulut sortir même s’il était partagé entre deux sentiments ; celui d’appréhender de revoir Grégoire qui lui avait la dernière fois bien cassé le moral, et la revanche de pouvoir démentir ses allégations de cette dernière promenade. Mais comme il voulait également rester discret pour éviter de faire des envieux-jaloux potentiellement agressifs, qu’il ne savait plus quoi faire, avant que sa joie l’emporte en lui faisant oublier ce dilemme et le décider d’aller en promenade.
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Le surveillant ouvrit sa porte, il sortit avec tous ses voisins qui avaient décidé comme lui de prendre l’air, quand il vit sur sa droite, Lukas, qui s’était décidé aussi à quitter sa cellule pour se dégourdir un peu les jambes. Et ils sortirent tous en même temps après être passés sous le portique de sécurité… Fabrice marcha pendant toute la promenade avec Lukas sans avoir vu Grégoire qui n’était visiblement pas sorti cette fois-ci. Fabrice et Lukas s’entendaient bien, ils s’étaient trouvés des points communs, oui, ils allaient psychologiquement bien ensemble même s’ils n’avaient pas le même chef d’inculpation, ils se réunissaient, se ressemblaient par esprit d’intelligence. Les grands esprits se rencontrent, se retrouvent comme on dit.
Une fois qu’ils furent tous les deux retournés en cellule après ce bon bol d’air frais, ils poursuivirent un peu la discussion de leur fenêtre respective avant de se laisser vers
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19h30. Lukas regarda sa télévision, mais celle de son voisin Fabrice de l’autre côté du mur ne voulait rien savoir encore une fois, alors, après moult essais, Fabrice se mit dans son lit pour lire avant de s’endormir vers 23h30 avec les yeux pleins de rêves aériens de liberté proche…
Le lendemain matin, l’auxi et le surveillant passèrent à sa porte pour déposer le pain sur le capot de sa télévision avant de repartir, et Fabrice dormait encore à poings fermés. Cette prolongation de sommeil était le contrecoup du stress retombé après avoir eu la quasi-certitude qu’il sortirait. Il n’entendit même pas la porte de sa cellule s’ouvrir et se refermer, par contre, trois quarts heure plus tard, le chef vint le voir, et là :
« Monsieur… ! Monsieur… !
– Ouaisssss… !
– Votre avocat qui est ici, il faut que vous y alliez !
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– Quoi ! Oui oui, j’arrive, attendez, je m’habille ! »
Le chef eut un petit sourire narquois sur les lèvres en voyant Fabrice bondir du lit et sortir à moitié nu sans éprouver la moindre gêne tellement son cerveau était déjà dans le box du parloir avec son avocat.
Vingt minutes plus tard, il était devant son baveux… (avocat).
« Excusez-moi, je dormais quand le surveillant chef est venu m’avertir que vous étiez là !
– Ce n’est rien, c’est aussi un peu de ma faute, car je ne vous ai pas prévenu que je viendrais aujourd’hui.
– Alors Maître, c’est quoi qui vous amène ici ?
– Bon, j’ai une mauvaise nouvelle, le juge d’instruction et le procureur ont fait volte-
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face et s’opposent dorénavant à votre sortie. Alors, pour le moment, on revient au point mort.
– Oh nonnnnnnnn ! Oh nonnnnn pas ça… purée, j’avais que des bonnes intentions en sortant, et voilà qu’il y a cet impondérable encore humain !
– Oui, pratiquement tous les problèmes sur terre viennent des êtres humains, mais vous aussi vous l’avez été un temps pour votre patron…
– Oui, c’est vrai, chacun son tour, mais quand même, j’aurais voulu que l’on m’offre cette chance de pouvoir assurer réparation vis-à-vis de mon ancien patron ! Je ne comprends plus rien, car vous m’aviez pourtant montré le papier de la libération hier ?
– Oui, mais ils peuvent à tous moments revenir sur leur décision s’ils le jugent utile, c’est la loi. Alors, je suis vite venu vous le dire afin que vous ne vous mettiez pas martel
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en tête en perdant patience, je vous le dis tout de suite, il va falloir attendre plus longtemps que prévu.
– Mais attendre quoi ?
– Attendre que le juge et le procureur se penchent sur votre cas d’une manière plus approfondie tout en relisant plusieurs fois la lettre de votre ancien patron, de votre cousine qui, soit dit en passant, leur a bien envoyé l’attestation d’hébergement. Mais entre-temps, je ne sais pas percer l’âme de ce juge, mais il semble que quelque chose l’a en effet fait reculer.
– Mais il doit bien y avoir une raison nouvelle !
– Pas forcément, il suffit qu’il ait lu plus attentivement votre casier judiciaire pour que cela suffise à retourner son point de vue vis-à-vis de vous, et donc de votre libération provisoire !
– Oh, je suis dégoûté là Maître, oui, ce n’est pas une bonne nouvelle que vous m’apportez
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aujourd’hui ! Incroyable, il vous envoie une feuille de libération en ne demandant qu’une attestation d’hébergement de ma cousine pour que cette levée d’écrou soit effective, et voilà que ce monsieur recule ; la prochaine fois, il ne faudra pas qu’il envoie cette feuille que vous m’avez montrée hier avant qu’il soit sûr de son coup !
– Oui, il a été trop hâtif pour ensuite se rétracter à moitié… Mais j’ai préféré vous en parler au plus vite pour éviter que vous restiez dans l’ignorance sans jamais voir la porte de sortie s’ouvrir au fil des jours sans aucune explication.
– Oui, merci ! Mais si vous dites qu’il s’est rétracté qu’à moitié, c’est que rien n’est encore perdu !
– Oui oui, il faut attendre, on aura la réponse assez rapidement ! Bon, voilà, mais restez fort, la libération provisoire n’est pas accordée systématiquement, mais vous avez largement votre chance. Je repasserais la semaine prochaine…
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– Oui, je vais essayer de passer le reste de la semaine et le week-end…, merci Maître !
– J’y vais, je dois me rendre maintenant dans une autre Maison d’Arrêt…
– OK, bon bah… j’y vais ! »
Fabrice maudissait le mauvais sort en pensant à Grégoire :
« Purée, j’espère qu’il ne va pas finir par avoir raison celui-là… car là, c’est bien parti ! »
Fabrice rentra en cellule tellement déprimé qu’il ne voulut pas annoncer la nouvelle à Lukas, mais à la place, il se mit sur son lit… avant de se mettre à pleurer… quand la télévision, sans aucune raison apparente, s’alluma ! Il avait dû la laisser en mode marche, et peut-être qu’à la suite d’une légère fluctuation ou le rétablissement du courant électrique dans les prises, elle s’était remise automatiquement en fonctionnement.
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À moins que ce soit un mauvais contact qui est à chaque fois sollicité quand on ferme la grosse porte en fer de sa cellule. Oui, c’était peut-être les vibrations qui se propageaient du chambranle en fer au mur avant de faire trembler son plateau télévisé à chaque claquement de sa porte…
Enfin, toujours découragé, démoralisé, abattu, il se laissa aller à regarder les images d’un parc d’attractions où il voyait tous ces manèges décoiffant qui lui faisaient tant peur à l’idée d’y mettre dedans (en y montant) le moindre petit orteil. Mais il se laissa quand même happer par les mouvements incessants de ces attractions qui justement, c’était le cas de le dire, étaient tellement attractives pour lui aussi, qu’il ne pensa même plus à cette visite ; son inconscient l’avait zappée. Cette télévision avait donc impulsé ce nouveau changement d’état d’esprit que Fabrice retrouva un semblant de liberté psychique grâce à cette distance qu’il avait prise via ces images, qu’il ouvrit dans la foulée la fenêtre
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pour appeler son voisin Lukas après avoir éteint le poste de lui-même cette fois-ci.
« Oui, Fabrice ?
– J’ai reçu une mauvaise nouvelle, le juge veut s’opposer à ma libération provisoire… !
– Oh les enfo… ! Mais c’est quoi qui lui a fait changer d’avis… ?
– Je ne sais pas, encore un lunatique… !
– Oui sa femme a dû l’envoyer chier ou refuser une partie de jambe en l’air ! Il ne leur faut pas grande chose à ces têtes de c… pour jouer de la girouette !
– Je suis dégoûté… !
– Oui, mais qu’est-ce qu’il t’a dit ton baveux au juste… il reste de l’espoir ?
– Eh bien, le juge, sans avoir justifié quoi que ce soit pour le moment, à part mes antécédents… a dit qu’il s’opposerait maintenant à une libération provisoire ! Oui,
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mon avocat l’aurait eu au téléphone en l’appelant, et c’est là, que ce juge aurait regardé ensuite pour la forme mon casier judiciaire… !
– Bah rien n’est perdu, car quand il relira la lettre de ton patron, il fera probablement marche arrière si en plus la feuille d’hébergement est arrivée !
– Ils font ce qu’ils veulent ces types, un jour ils sont heureux, et ils font sortir plein de détenus, un autre jour, ils s’embrouillent avec leur bonne femme, et vlan, ils allument tout le monde dans les tribunaux ! La loi des hommes est aussi crédible et prévisible que de prévoir la venue des comètes à l’œil nu du plancher des vaches !
– Allez reprends toi Fabrice, attends… tiens, tends ta main… !
– Oui, c’est bon, qu’est-ce que tu as… ah des magazines, bien, merci, oui, je vais lire un peu, merci, car j’en ai besoin !
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– Allez, bon appétit, ils vont bientôt passer ramener la gamelle !
– Oui, à plus ! »
Et Fabrice, toujours aussi contrarié et refrisant la tristesse, se mit sur son lit… quand la télévision se ralluma toute seule pour le sortir d’un petit songe. Il tomba sur des images du centre commercial dans lequel travaillait justement son patron Fabrice.
« Purée, quelle coïncidence que je vois ce centre ! »
Il se leva rapidement et rappela Lukas :
« Lukas, Lukas, allume ton poste et mets la troisième chaîne !
– Attends ! Voilà j’y suis, eh bien ?
– Tu vois le centre commercial ?
– Oui, il a l’air d’être grand et c’est très beau à l’intérieur !
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– Eh bien, c’est là que je travaillais !
– Non ? Sérieux ! Trop fort !
– Mais ce n’est pas tout, tu vois le monsieur… tiens, il en train de parler justement !
– Oui, et alors ?
– C’est mon patron !
– Tu plaisantes là, trop fort ! Quel privilège de voir l’endroit où tu travaillais, et en plus de voir son patron ! Il a l’air d’être cool… !
– Tu m’étonnes, c’est quelque chose d’exceptionnel ! Eh oui, il était cool, j’ai déconné tu sais… !
– T’inquiète, ça va s’arranger… ! En tout cas, tu as la chance de voir un endroit où tu es allé, moi, depuis que je suis en taule, j’ai entraperçu quelques rues que j’avais par le passé traversées en voiture… sans plus !
– Oh ça viendra un jour… ! Mais tu sais ce qui est le plus incroyable, c’est que cette télé
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s’est allumée pile-poil quand le reportage devait commencer !
– Ah bon, bah alors embrasse-la hi hi hi !
– Arrête tes conneries, mais il y a vraiment de quoi devenir dingue ! Tiens, la gamelle arrive, bon, je te laisse Lukas !
– OK gars, à plus ! »
Fabrice prit donc sa gamelle, c’était des frites à la mayonnaise, le surveillant lui demanda s’il allait en promenade cet après-midi…, déprimé, il répondit que non. Et il mangea son plat avant de se mettre sur son lit pour lire un peu après avoir totalement baissé le son de sa télévision vu que le reportage sur le centre commercial était terminé. Et comme il était fatigué nerveusement, il s’endormit avec ce poste toujours allumé qui ne crachait plus le moindre bruit, avant d’être réveillé vers quinze heures par l’ouverture fracassante de sa porte !
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« Monsieur Fabrice !
– Ouiiii !
– Vous avez votre avocat qui vous attend au parloir.
– Quoi ! Ce n’est pas possible, je l’ai déjà vu ce matin, ah c’est peut-être un autre, mais pourquoi ? Oui, j’arrive, mais je ne comprends plus rien… !? »
Fabrice sortit donc de sa cellule en éteignant le poste au passage, et alla jusqu’au parloir des avocats en franchissant toutes les portes et tous les couloirs avant d’arriver dans la salle d’attente dans laquelle il attendit un moment. Quand cinq minutes après, le surveillant lui ouvrit la porte en lui disant :
« Vous pouvez y aller, c’est le quatrième box !
– Oui, d’accord ! »
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Fabrice s’avança jusqu’au parloir, et il vit Jonathan, le même avocat que ce matin avec en plus, un large sourire qui lui scia toute la partie inférieure de son visage !
« Rebonjour Maître, mais qu’est-ce qui se passe ?
Bon, vous êtes libéré !
– Quoi ? !
– Oui, vous avez bien entendu, vous êtes libéré !
– Mais pourquoi ?
– Parce que votre patron a téléphoné au procureur et au juge d’instruction pour leur dire qu’il serait préférable pour vous de recouvrer la liberté. Vous avez envoyé une lettre à votre patron où vous vous excusiez ?
– Oui, mais je ne l’ai dit à personne, je voulais que cela ne reste qu’entre moi et lui.
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– Eh bien, il a apprécié votre démarche et votre souhait que vous répariez le vol en lui remboursant l’argent dérobé comme vous l’avez écrit dans votre lettre…
– Oh il est trop bon, ce patron ! Purée, oui, j’ai vraiment déconné !
– Ne pleurez pas… ! »
En effet, Fabrice se lança dans les bras de son avocat qui lui avait, comme son nom le pronostiquait, fait ce don de liberté. Il pleurait et pleurait comme un gamin… Fabrice était en larmes quand il reprit sa place ; et c’est clair que ce n’étaient pas des larmes de crocodile…
Et puis son avocat reprit la parole :
« Alors, il faut que vous signiez là, et vous sortirez en fin d’après-midi, vers 18h le temps que les membres de l’administration pénitentiaire préparent les papiers en accord avec le juge et le procureur…
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– Oui, très bien, merci Maître !
– Oh, c’est votre patron qu’il faudra remercier !
– Oui, je le ferai aussi de vive voix quand je l’aurai près de moi !
– Bon, je vais y aller, car je dois maintenant faire des choses pour vous, comme remettre cette lettre avec votre signature. On se verra dehors.
– Ohhh Maître, encore merci !
– Allez à plus tard !
– Si j’avais de l’argent, je vous payerais bien un restaurant … !
– Ohhh ne vous inquiétez pas, je vous dis, on va se revoir ce soir…
– Je vous dis donc à ce soir Maître !
– Oui à ce soir ! »
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Fabrice sortit du box et retourna de suite dans sa cellule après avoir passé toutes les portes-grilles sans devoir se mettre à poil pour une fouille ; c’était le régime quand on allait voir seulement son avocat ou conseiller, car les box n’étaient pas dans les mêmes emplacements que les parloirs familiaux. Et l’administration pénitentiaire estimait que les avocats et conseillers étaient bien trop sérieux pour transmettre quoi que ce soit d’illégal aux prévenus détenus, donc les fouilles, après un parloir avocat, n’avaient pas de raison d’être… Arrivé dans sa cellule, il courut à la fenêtre pour annoncer la bonne nouvelle à Lukas qui n’en revenait pas lui non plus de ce retournement de situation.
« Purée, mais ceux qui gèrent ton dossier, c’est des girouettes ! Un coup tu sors, un autre tu restes, tu sors plus, ils ont voulu te rendre dingue ou quoi ?
– Hi hi hi, ouais, mais mon patron… !
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– Ah d’accord ! C’est bien alors pour toi poteau, bien… et respect pour ton patron… !
– Attends Lukas, on ouvre ma porte… ! Bon, je dois aller voir le chef, alors à tout à l’heure !
– OK ! »
Fabrice au moment où il passa devant la télévision, eut l’idée d’essayer de l’allumer, et rebelote, impossible. Mais il était tellement pressé d’aller voir le chef qu’il n’avait pas eu le temps de s’interroger encore et encore sur cette bizarrerie électronique.
Il sortit donc, se dirigea vers la porte de la cage d’escalier en passant devant le poste de commande vitré, la porte s’ouvrit, il monta les marches trois par trois pour aller au premier étage, franchit une autre porte qui donnait sur un carrefour ouvert sur trois autres couloirs barrés par leur porte-grille d’entrée derrière laquelle se trouvaient de chaque côté des cellules aux portes closes. Mais Fabrice n’alla dans aucun de ces
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trois tunnels carrés, non, à la place, il s’avança sur quatre mètres vers deux portes juste en face ; celle de gauche était une salle d’attente, celle de droite, l’entrée du bureau du chef.
Une fois devant, il vit que la porte était légèrement entrebâillée et que le chef était assis à son bureau. Il poussa davantage la porte en l’ouvrant :
« Chef, vous m’avez appelé, je peux rentrer ?
– Oui oui, venez, asseyez-vous ! Bon, je viens de recevoir un papier me donnant l’ordre de vous faire sortir.
– Déjà !
– Oui, mais vous ne sortirez qu’à 18h, dans une bonne demi-heure. Alors, j’espère que vous aurez compris, il ne faut pas faire de conneries, car vous êtes peut-être malin, mais les autres aussi le sont. On a tous des sens pour voir, entendre, sentir, toucher… comme
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on est tous pourvus d’un cerveau… et votre patron a fini par vous avoir… j’ai lu votre dossier.
– Oui, j’ai déconné, je vais travailler pour lui rembourser tout ce que j’ai pu lui détourner.
– Je sais, j’ai lu aussi votre lettre, tout le courrier est vérifié… et tout le personnel a été touché par votre lettre de repentir ! Bon sinon, comment avez-vous passé ce mauvais séjour touristique de quelques jours, hi hi hi ?
– Eh bien, terrible !
– Et vous n’avez rien trouvé de bizarre ?
– Non ! Pourquoi, devrait-il y avoir eu quelque chose d’insolite que j’aurais dû remarquer… ah si, une petite chose peut-être !
– Quoi ?
– Votre télévision que vous m’avez ramenée pour me dépanner, et dont j’ai failli
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entre-temps me séparer en en prenant une autre.
– Oui, et alors, qu’est-ce qu’elle a de si extraordinaire ma télévision !?
Dit-il (le chef) en faisant celui qui ne savait rien…
– Elle me faisait tourner en bourrique !
– Ah bon, pourquoi donc ?
– Parce qu’un coup, elle s’allumait, un coup, elle restait d’une manière têtue comme un âne, éteinte !
– Et vous pensez que c’était un hasard à chaque fois !?
– Je ne sais pas, oui, pardi ! !
– Non !
– Ah bon, pourquoi ?
– Essayez de trouver vous-même !
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– Mais, il n’y a rien à trouver, elle est tout simplement détraquée votre télé chef !
– Oh que non !
– Ah bon, mais dites-moi son secret, votre secret !?
– Oui, je veux bien…
– Allez-y chef sans plus attendre, je meurs d’envie de le savoir !
– Mais réfléchissez un petit peu quand même. Faites un effort, essayez de trouver par vous-même. Et vous aussi lectrices/lecteurs soit dit en passant hi hi hi.
– Je ne sais pas… elle a peut-être un mauvais contact, car un coup elle s’enclenche, un autre coup elle se déconnecte ! Alors, j’ai hâte que vous me disiez ce qu’elle a dans le ventre ou la tête si encore elle avait une âme !
– Oui, je vais vous le dire maintenant. Eh bien, c’est une télévision magique en quelque sorte…
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– Oui chef, cette télévision magique, et… ?
– Vous ne trouvez toujours pas ?
– Pardi que non ! Dites-moi vite la suite !
– Eh bien, cette télévision magique se mettait en marche uniquement… quand vous étiez triste ! »
Un silence sur une expression immobile se dessina sur le visage de Fabrice avant qu’il ne reprenne doucement ses idées :
« Ah mais c’est vrai… !
– Oui, c’est vrai, repensez-y en faisant un effort de mémoire, rappelez-vous bien maintenant à chaque fois qu’elle s’allumait et qu’elle s’éteignait, c’était dans quel contexte particulier, et surtout, dans quel état psychologique vous étiez, vous verrez… que ce n’était pas du hasard !
– Oui, mais c’est vrai !
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– Oui, c’était soit parce que vous étiez déprimé avec des idées suicidaires ou au contraire, joyeux parce que vous veniez d’apprendre une bonne nouvelle.
– Mais comment c’est possible !?
– C’est une nouvelle technologie qui scanne les expressions de votre visage. Et en fonction de votre état psychologique, émotionnel, reflété par les formes de votre physionomie que des algorithmes précis rentrent ensuite en jeu pour programmer la coupure ou l’allumage du poste ! C’est un ancien détenu qui avait fait de la prison pour un crime passionnel et qui avait lancé le projet, et qui voulait contribuer à sauver d’autres détenus comme on l’avait sauvé un jour… ! Il disait que si un détenu veut se tuer, mais qu’il est détourné par des images attractives, c’est psychologiquement prouvé qu’il se détournera de se faire du mal… ! Et c’est ce qui t’est arrivé Fabrice sans que tu t’en sois rendu compte.
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– Peut-être, je ne m’en rappelle plus et ne veux pas m’en rappeler. Mais c’est vrai qu’il y a eu des moments très très durs ! Surtout venant de la part de mon premier avocat… Mais vous n’avez qu’une seule télévision comme ça ?
– Oui, c’est une technologie qui est à l’essai, et vous êtes le centième détenu déprimé à qui j’ai installé ce poste dans sa cellule, eh bien, zéro suicide. Alors qu’avant, ceux qui étaient potentiellement suicidaires, ils passaient systématiquement à l’acte. On connaît à force de rencontrer plein de détenus, les profils qui posent le plus de problèmes, et ceux qui sont là pour un crime passionnel sont les premiers en ligne de mire, le plus à surveiller ! Mais je ne parle pas de toi, car ton affaire n’est pas trop grave avec une condamnation que tu aurais pu prendre au final, mais ceux qui sont là pour meurtre, assassinat ou viol, ayant pris des peines supérieures à 15 ans, avec parfois un terrible sentiment de culpabilité sur la conscience. Eux passent très facilement à l’acte.
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– Trop fort ce poste, oui, maintenant que vous me le dites, c’est vrai qu’en arrivant je n’étais pas bien du tout, et votre équipe a dû le voir d’où que vous m’avez fait installer ce poste de télévision anti-suicide, mais je reconnais qu’il m’a vraiment aidé certaines journées, matin, midi et soir, je dois alors aller le remercier en lui faisant un petit bisou sur la carcasse-joue hi hi hi ! »
Fabrice et le chef retournèrent vers sa cellule, quand le chef demanda à Fabrice dans le couloir, de dire ces deux mots une fois qu’il sera devant le poste : « Petite télé, je te remercie » !
Fabrice le fit, quand un programme se mit immédiatement en route en lui répondant d’une voix synthétique préenregistrée :
« Il n’y a pas de quoi, j’espère que la prochaine fois, tu réfléchiras à plusieurs reprises avant de faire des bêtises, car toutes les télévisions ne sont pas psychologues
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comme moi, hi hi hi ! J’espère t’avoir beaucoup aidé à faire ta détention jeune homme, et pour le moment, je te souhaite une bonne réinsertion pour ta vie future… un autre que toi a besoin maintenant de mes yeux-Freud-électriques hi hi hi ! Je ne te dis donc pas à plus tard jeune homme ! Ne reviens pas, sinon je t’enverrais des décharges électriques-magnétiques volantes aux fesses cette fois-ci hi hi hi, je plaisante ! Par contre, je te resouhaite une bonne réinsertion ! Au revoir ! »
Et la télé du chef s’éteignit !
Fabrice n’en revenait pas qu’un type ait eu l’idée saugrenue de faire installer des télévisions anti-déprime qui scannent le visage avant d’adapter ou pas l’allumage du poste ; c’était trop fort ! Et surtout efficace, car en effet, Fabrice reconnaissait que rien que le fait d’être intrigué par la reprise du courant, cela suffisait déjà à faire diversion dans son esprit pour prendre de la distance à cette angoisse d’un avenir qui
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restait incertain… Il avait presque une larme de reconnaissance dans les yeux avant que le chef lui dise qu’il était bientôt 18h.
Oui, tout s’expliquait maintenant, en fait cette télé magique, scannait simplement son visage… astucieux… Et ce détenu qui avait inventé ça, il était vraiment très fort, l’un des meilleurs psychanalystes ou psychologues ingénieux pourrait-on dire.
Fabrice quitta sa cellule, et demanda au chef s’il pouvait ouvrir la cellule de son voisin.
Il le fit sans aucun problème tout en rappelant qu’il était l’heure de sa sortie :
« Lukas, mon pote, je te dis au revoir, ça y est, ils me relâchent. Tiens, je te redonne tes magazines scientifiques, et merci encore !
– Merci ! Bien ! Alors ils ont décidé de te laisser sortir, bien… ! Je te souhaite alors bonne chance ! Et puis, écris-moi si tu as quelques minutes… !
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– Je n’y manquerai pas, promis ! Prends soin de toi ! Je dois y aller, salut mon pote !
– Salut poteau ! »
Et puis Fabrice, toujours en présence du chef, se dirigea vers la sortie de la Maison d’Arrêt, quand ce dernier prit la parole.
« C’est bien que vous n’ayez rien dit à votre voisin pour la télé.
– Oui, je n’avais pas le temps… et j’ai bien compris aussi que ce ne sont pas des choses à ébruiter pour que ce procédé puisse toujours continuer de fonctionner avec d’autres détenus déprimés et suicidaires.
– Oui tout à fait ! Cela doit rester caché, ça doit rester un secret, sinon, si le détenu est au courant, il pourrait vouloir changer de suite de télévision en rouspétant. Ce poste doit être non seulement un anti-suicide, mais doit aussi forcer le détenu quand il va bien, à faire autre chose que de rester avachi sur son lit en
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se laissant bercer par toutes ces images hypnotiques et soporifiques. Un détenu, quand il a bon moral, devrait consacrer son temps à des activités intellectuelles ou physiques autres que la télévision, comme par exemple s’instruire en lisant, en faisant des cours d’enseignement à distance, écrire, faire du sport, parler en promenade avec ses relations amicales ou à la fenêtre quand il n’est pas trop tard dans la nuit pour éviter de déranger ses autres voisins qui souhaitent, eux, dormir…
– Ah c’est pour ça, quand j’allais bien elle ne s’allumait pas, afin de me forcer à faire autre chose comme lire les magazines scientifiques de mon voisin Lukas ! Oui, il est vraiment trop fort cet ancien détenu qui a conçu cette technologie… ! Et puis je crois, que j’ai même rédigé ma lettre d’excuses pour mon patron quand la télévision ne fonctionnait pas justement !
– Bah voilà, vous voyez, elle vous a donc indirectement aidé à vous sortir de votre
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délicate situation en plus de votre état de déprime en vous empêchant peut-être le pire ! Alors, la prochaine fois, réfléchissez bien avant d’aller à la pêche avec vos doigts dans la caisse…
– Oui chef !
– Sinon on vous remettra la laisse-pécheresse-pénitentiesse loin des liesses d’où cette télévisiesse anti-stresse… ess ess ess ! Hi hi hi ! Pardon Fabrice, je délire un peu… ! Hi hi hi… ! Hi hi hi !
– Ce n’est pas grave chef, mais, je pense avoir compris… : laisse-pécheresse-pénitentiesse = enchaîné de nouveau entre les murs d’une prison. Une sorte de virtuelle laisse où nous somme le chien que l’on aurait placé entre les piquets-murs d’une prison. Pénitentiesse = pour faire un jeu de son en iesse. Et loin des liesses = loin du bonheur des gens libres du civil.
– Tout à fait, très bien alors…hi hi hi…
– Vous êtes drôle comme chef hi hi hi ! »
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délicate situation en plus de votre état de déprime en vous empêchant peut-être le pire ! Alors, la prochaine fois, réfléchissez bien avant d’aller à la pêche avec vos doigts dans la caisse…
– Oui chef !
– Sinon on vous remettra la laisse-pécheresse-pénitentiesse loin des liesses d’où cette télévisiesse anti-stresse…ess ess ess ! Hi hi hi ! Pardon Fabrice, je délire un peu… ! Hi hi hi… ! Hi hi hi !
– Ce n’est pas grave chef, mais, je pense avoir compris… : laisse-pécheresse-pénitentiesse = enchaîné de nouveau entre les murs d’une prison. Une sorte de virtuelle laisse où nous somme le chien que l’on aurait placé entre les piquets-murs d’une prison. Pénitentiesse = pour faire un jeu de son en iesse. Et loin des liesses = loin du bonheur des gens libres du civil.
– Tout à fait, très bien alors… hi hi hi…
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– Vous êtes drôle comme chef hi hi hi ! »
Voilà pourquoi ce chef était ravi d’avoir bien géré les choses ensuite, car avoir un tel appareil à sa disposition et savoir l’utiliser, étaient deux choses différentes. Oui, il fallait savoir quand le remettre au bon moment au détenu tout en faisant passer cela comme quelque chose de naturel, de normal… à l’aide de ruses pour justifier ensuite la présence de ce poste en cellule tout en prétextant une absence prolongée du chef et du responsable des télévisions afin que le détenu puisse faire avec… et que le poste opère secrètement sa fonction thérapeutique-diversion-cabalistique.
Enfin, ce chef était vraiment très content pour Fabrice…
Fabrice était sur le parking, il y avait son avocat qui sortit de sa voiture…, et il y avait aussi quelqu’un d’autre du côté passager, mais il n’arrivait pas à distinguer qui c’était. Alors il s’approcha de son avocat, quand la
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deuxième portière de la voiture s’ouvrit, un homme en sortit, c’était Fabien, son ancien patron. Fabrice sentit les larmes lui monter aux yeux …, et sans aller jusqu’à son avocat, mais plutôt maintenant vers son ancien employeur, en faisant le tour arrière du véhicule dans la précipitation, pour finalement le serrer dans ses bras, et il pleurait pleurait…, et croyez-le, ce n’étaient pas des larmes de crocodile encore une fois… !
« Patron ! Excusez-moi, j’ai déconné, excusez-moi, je vais vous rembourser tout ce que je vous dois !
– Et tu vas commencer demain matin !
– Ah bon, pourquoi ?
– Parce que j’ai décidé de te laisser une seconde chance, et je te réembauche au même poste.
– Oh merci patron, merci, merci… ! Si vous voulez, pour le même travail, vous n’aurez
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qu’à me payer le tiers, et le reste servira à payer ce que je vous dois, si vous êtes d’accord !
– On verra, car il te faut quand même de l’argent pour vivre, mais l’idée est pas mal, on en reparlera, mais pas ce soir, car on va aller au restaurant avec ton avocat qui paye pour nous, il nous invite.
– Merci Maître !
– Oh ce n’est rien, vous savez, l’essentiel c’est que vous trouviez tous les deux un terrain d’entente … !
– Vous êtes vraiment bon patron, jamais je n’aurais pu imaginer une seconde que vous seriez capable d’un double geste pareil ; faire une lettre et me reprendre comme vendeur… ! J’étais inquiet de ne pas trouver prestement du travail pour vite vous rembourser, mais là, vous me tendez vraiment la perche, vous me sauvez… »
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Ils ont donc été au restaurant dans le centre commercial de Vélizy-Villacoublay où se trouvait le magasin de vente de télés qui était juste à côté. Ils se sont assis pour choisir leur menu et leur plat principal tout en discutant avec entrain… Fabrice n’en revenait pas ; ce matin, il était dans une misérable cellule, et le voilà en fin d’après-midi de ce même jour dans un bon restaurant aux jolis décors, et en présence de gens bien habillés et civilisés : mais surtout, devant son ancien patron… qu’il avait vu dans la télévision du chef… et là, il était devant lui en chair et en textile… il mangeait, il discutait… c’était inespéré… !
Il prit son dessert, une glace, qui était un citron givré… puis arriva le moment de remercier son patron et son avocat juste avant de repartir…
« Merci Maître !
– Il n’y a pas de quoi Fabrice, je n’ai fait que mon travail, et grâce à ton patron, ça a été très très vite !
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– Patron, je vous en suis infiniment redevable, je vous jure que je vous serai fidèle, honnête avec vous pendant tout le temps où l’on sera amenés à travailler ensemble !
– Bon, très bien, commencez alors par arriver à l’heure demain à 8h30 hi hi hi !
– Je commence dès demain ?
– Oui !
– Super, oui oui, j’y serai patron, c’est sûr… ! Je vous dis donc à demain patron et encore un grand merci !
– Il n’y a pas de quoi Fabrice, mais je dois y aller maintenant pour vérifier quelques bricoles dans le magasin… en attendant, Maître Jonathan, va te raccompagner…, bon, je te dis à demain Fabrice ! Maître, au revoir et merci encore pour lui !
– De rien Monsieur, je n’ai fait que mon travail, c’est moi qui vous remercie pour lui… !
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– Au revoir patron !
– Oui, à demain Fabrice ! Maître merci encore… ! !
– Allez nous, on y va, je vous raccompagne Fabrice, là s’arrête ma mission… !
– Merci Maître, je vous suis… ! »
Son avocat raccompagna comme prévu Fabrice, qui rentra donc chez lui à 21h en retrouvant toutes ses affaires ; et ça allait, les policiers n’avaient pas trop fait de désordre lors de la perquisition où ils avaient justement tout fouillé… Il prit ensuite une délicieuse douche sans devoir être sur ses gardes (en cas d’agression) ou à l’affût de la moindre salissure (risque d’attraper une maladie) en n’ayant plus besoin de porter ses tongs jusque dans son bac à douche pour éviter les mycoses ou autre bactérie ou champignon du genre… provenant d’autres détenus… avant de faire, après cette reposante douche, son lit et d’essayer de dormir… Mais il eut du mal à plonger dans
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un sommeil profond avant 1h du matin tellement il était content d’avoir été libéré. Il s’est même levé quatre fois pour se mettre à ses trois fenêtres sans barreaux pour voir les voitures et les rares noctambules qui incarnaient tant à ses yeux un nouveau départ pour une nouvelle vie libre…
Le lendemain matin, à huit heures tapantes, il était devant le magasin où les stores étaient encore collés en bas, au niveau du sol, plaqués sur les sabots capteurs. Un sabot, c’est un détecteur composé de deux éléments, un aimant mobile fixé sur le rideau métallique, et un bloc non mobile positionné et fermement amarré au sol et recelant à l’intérieur un petit contacteur qui se déverrouille ou se verrouille (comme un interrupteur) selon que l’aimant du store est justement en vis-à-vis de lui ou pas. Ensuite, l’information est véhiculée par des fils électriques avant d’être traitée par la centrale d’alarme fixée elle aussi à l’intérieur d’une pièce du magasin ; souvent, non loin du tableau électrique général… Mais rien
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n’empêche aussi une communication radio de se faire, à la place de relier via des conducteurs les différents capteurs et autres éléments périphériques (boîtier de commande, sirènes intérieure/extérieures…) d’une centrale d’alarme. Fabien avait choisi un de protection filaire, car l’installation était au final beaucoup moins chère qu’une liaison hertzienne. Car un système utilisant cette technologie aérienne invisible est certes moins encombrant, car pas de fil à faire cheminer le long des murs, dans les plafonds et ailleurs…pour justement relier ces différents éléments périphériques entre eux et à la centrale. Et donc, pas de moulure également à fixer pour les cacher… avec le risque sinon de changer au passage négativement l’esthétique des pièces des clients, mais malheureusement avec un coût au bout beaucoup plus cher qu’une protection filaire d’après les devis qu’il avait reçus… Et il avait bien fait, car s’il avait su qu’il ferait plus tard des dépenses supplémentaires pour poser en plus des caméras, cela l’aurait indubitablement encore
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plus réconforté d’économiser dans une installation filaire…
Alors Fabrice savait d’après les rideaux encore fermés qu’il était le premier sur place parmi ses anciens collègues avant qu’il ne les voie arriver au fur et à mesure cinq minutes plus tard tout en sachant également que son patron Fabien devait être comme d’habitude probablement déjà à l’intérieur du magasin après être rentré par sa porte personnelle juste à gauche de cette devanture :
« Oh que fais-tu là Fabrice… mais tu étais où ces derniers jours ? »
– Oui, tu étais où, on s’inquiétait… etc.
– Eh bien, j’ai eu quelques soucis causés par ma faute… !
– Oui, c’est personnel, on comprend… ! »
Et puis ses collègues eurent naturellement par discrétion envers lui, l’obligeance
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d’arrêter de lui poser des questions tout en se réjouissant de le revoir parmi eux.
Les rideaux se levèrent et apparut juste derrière au niveau de l’entrée, la silhouette de Fabien avec un large sourire avenant et content de retrouver ceux qui contribuaient à la bonne marche de son magasin de vente de téléviseurs…, et quand il vit Fabrice :
« Ah salut Fabrice, alors, bien dormi ?
– Oui… ça a été… Je voulais vous dire une chose patron.
– Oui ?
– Je voulais vous remercier encore et le refaire aujourd’hui pour n’avoir rien dit aussi à mes collègues comme quoi je vous avais volé…
– Mais oui, c’est du passé, il n’y a pas de problème Fabrice… bon, sinon, ça ne te dérange pas de reprendre ta caisse à côté des grands écrans à Leds… ?
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– Bien sûr que non !
– Très bien ! On se reverra pour le déjeuner… et ne parlons plus de ça… !
– OK patron ! »
Fabrice n’en revenait pas du tact qu’avait eu son patron encore une fois… décidément le mot philanthrope avait été créé en s’inspirant véritablement de personnes comme son employeur.
Fabrice reprit donc sa caisse à côté de Patricia et Janine, ses deux collègues voisines habituelles qui s’étaient d’ailleurs réjouies de le revoir… Ils échangèrent quelques mots et sourirent en attendant l’arrivée des clients tout en préparant leur caisse : coup de nettoyage sommaire, vérifications des dispositions des sacs plastiques pour les clients, rouleaux de pièces en liquide qu’ils mettaient dans chacun des petits compartiments de leur tiroir-caisse… et vérifièrent que
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ce dernier fonctionnait correctement, souplement, en s’ouvrant et en se refermant bien…
Et puis, des clients arrivèrent en commençant lentement à flâner entre les rayonnages… avant de passer aux caisses quinze minutes plus tard… ; certains savaient ce qu’ils étaient venus chercher, alors c’étaient les clients-acheteurs les plus rapides. Parmi ceux-ci, certains arrivèrent à la caisse de Fabrice, dont un jeune couple très souriant qui avait un caddie rempli de trois écrans plus un décodeur et une console de jeu Xbox de Microsoft ! Ils passèrent, Fabrice encaissa et attendit d’autres clients…
Fabrice était content, pensif, rêveur, la vie reprit son quotidien, il retravaillait comme si de rien n’était… mais il l’avait vraiment échappé belle… il était trop content de retrouver cette vie normale au milieu de plein de gens… Il repensait au reportage qu’il avait vu dans sa cellule concernant ce même centre commercial… ! Et là, il y était
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à son tour, il reprenait donc lui aussi ce mouvement collectif de la vie en société… en voyant ces gens déambuler, respirer, parler, rire, acheter, consommer… vivre librement… Il pensait, quand son regard toujours dans le vague glissa lentement sur les télévisions à sa droite où défilaient des images d’une agence touristique où l’on voyait des gens sur un bateau parcourant le fleuve d’Amazonie au Brésil… Son regard se fixa, immobile, comme hypnotisé, perdu dans le passé, songeur, absent, quand une larme tomba de son œil droit, il repensait à celle qui l’avait peut-être empêché de faire des bêtises, à celle des petites sœurs qu’il avait là en vrai, en direct, devant ses yeux, il repensait à celle qui avait été comme une béquille psychologique, oui, à ce poste si magique qui l’avait peut-être détourné d’un mauvais destin-déclin,… qu’il repensa avec reconnaissance… à la télévision… du chef !
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Je dédie ce livre à Mr François Mitterrand et à l’ancien garde des Sceaux Mr Robert Badinter, qui ont permis de faire entrer en décembre 1985 les télévisions en cellule (elles étaient cantonnées jusqu’ici depuis 1975 que dans les salles collective des prisons). Par leur acte, ils ont donc probablement sauvé des milliers de vies sans que personne ne s’en soit rendu compte, on doit donc leur rendre aujourd’hui cet honneur !
Je dédie donc cette petite nouvelle de « La Télé du chef » à ces deux hommes qui ont bien plus fait pour les détenus que tous les gouvernements de la 5e République réunis, pour qui un détenu est l’équivale d’une merde de chien derrière une grille d’égout-prison.
Alors Mr Mitterrand (je sais que vous nous voyez de là où vous êtes) et Mr Badinter, tous les détenus vous remercient !!
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« On guérit les âmes abîmées non avec des sévices psychologiques ou physique, non avec de l’humiliation ou de la répression, mais avec de l’attention, de la bienveillance et de l’amour. » David Desplanches.
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FIN
Remarque : vous pouvez offrir cette nouvelle « La télé du chef ! » comme avertissement que la prison n’est pas le Club Med (Club Méditerranée) pour la personne proche de vous qui commencerait à faire des bêtises : ce petit livre pourrait donc faire réfléchir…
Bientôt apparaîtra « La Cantatrice à la robe bleue » et en attendant, je vous dis à bientôt pour une nouvelle aventure littéraire gratuite.
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